Coronavirus : qu’est-ce que cela signifie pour les marchés financiers?

En ce début de février, trois principaux thèmes macroéconomiques risquent d’interrompre la reprise économique mondiale et la reflation : le coronavirus et son incidence sur la croissance économique, le fait que la croissance mondiale n’ait pas encore atteint un creux qui ouvrirait la voie à une reprise, et enfin, la possibilité que les marchés aient sous-évalué la probabilité de mesures d’assouplissement monétaire plus musclées de la part des banques centrales mondiales.

Coronavirus : un choc économique important, mais pas permanent

L’épidémie résultant de la propagation du virus 2019-nCov, plus connu sous le nom de coronavirus, est avant tout une tragédie humaine, mais le marché se retrouve avec la tâche difficile de prévoir et d’évaluer les conséquences d’un événement qui évolue d’heure en heure.

Du point de vue économique, nous pensons que le coronavirus aura, dans le meilleur des cas, une incidence négative sur les données d’un ou deux trimestres, et dans le pire des cas, portera un coup au secteur des services à l’échelle mondiale – qui est le pilier de la croissance mondiale. Quoi qu’il en soit, c’est suffisant pour convaincre les investisseurs d’adopter une attitude plus défensive. Cela n’est pas surprenant puisque la situation réduit considérablement la visibilité macroéconomique à l’échelle mondiale et, surtout, l’ampleur et le calendrier de la reprise tant attendue de l’économie chinoise.

Bien que nous considérions le coronavirus comme un choc exogène et brutal porté à la demande, qui aura également des répercussions sur la chaîne d’approvisionnement, l’ampleur des dommages économiques causés dépendra des répercussions sur le comportement des consommateurs et de la réponse des entreprises mondiales à la propagation du virus.

Pour le moment, toutes prévisions se vantant d’être exactes doivent être prises avec un grain de sel. Les épidémies passées (le SRAS au quatrième trimestre de 20021, la grippe aviaire à la fin de 2003 et au début de 2004, et la grippe porcine au premier semestre de 2009) peuvent nous éclairer.

Voici ce que nous avons constaté jusqu’ici2 :

  • Marché des changes : En règle générale, l’ampleur de l’aversion pour le risque observée jusqu’à présent est limitée – c’est-à-dire que les fluctuations de change n’ont pas été spectaculaires. Cela dit, le rythme de ces fluctuations a dépassé celui des épidémies précédentes (p. ex., taux de change entre le yen et le dollar australien).
  • Produits de base : La réaction du marché est plus forte qu’elle ne l’a été pour les épidémies précédentes. Les investisseurs se sont rués vers l’or, un placement refuge traditionnel – les prix de l’or ont augmenté de manière plus marquée que lors des précédentes épidémies. En revanche, les actions des sociétés des produits industriels, généralement considérées comme un indicateur de la croissance économique, ont fait l’objet d’un dégagement plus marqué.
  • Taux : Les écarts de taux des obligations du Trésor américain à 2 ans et à 10 ans et des obligations d’État allemandes se sont plus resserrés que lors des épidémies précédentes, en raison de l’augmentation de la demande pour ces titres. Parallèlement, les marchés commencent à tenir compte de la probabilité que la Réserve fédérale des États-Unis (la Fed) poursuive son assouplissement monétaire.
  • Indices de référence des actions mondiales : Les actions de l’indice Euro Stoxx 50 ont connu leur plus importante liquidation durant l’épidémie de SRAS (recul de 24 %). Au moment de la rédaction de ce billet, l’indice Euro Stoxx 50 et l’indice MSCI Asie-Pacifique tous pays ont tous deux subi un peu plus de pression que lors des épidémies précédentes. Cependant, ce n’est pas le cas pour l’indice S&P 500 – la réponse des investisseurs est restée la même que lors des épidémies précédentes.
  • Actions asiatiques : Les actions des différents indices régionaux ont subi une liquidation plus marquée que lors des épidémies précédentes, au moment de la rédaction du présent billet.

Les comparaisons avec le SRAS peuvent sous-estimer l’incidence potentielle de l’épidémie actuelle.

Selon l’analyse des données relatives au SRAS, il est probable que le PIB de la Chine chutera sous la barre des 6 % au premier et au deuxième trimestre. La réponse des autorités a été rapide et les mesures mises en place ont été plus musclées, surtout en ce qui concerne les interdictions de voyage. En conséquence, il est probable que les répercussions sur la croissance économique soient plus rapides et plus marquées et que les intervenants du marché reportent leurs prévisions de stabilisation de l’économie chinoise.

Cela dit, il est possible que les divers modèles économiques utilisés pour produire ces estimations aient sous-estimé l’incidence potentielle de l’épidémie actuelle. Bien que la croissance économique et les marchés financiers se soient rapidement redressés après l’épidémie du SRAS il y a 17 ans, il convient de noter que la Chine en était aux premiers stades d’une forte expansion économique qui a duré 10 ans et qui a suivi son entrée dans l’Organisation mondiale du commerce. Le contexte macroéconomique actuel est très différent.

De plus, les voyages à l’intérieur de la Chine ont été multipliés par 4,5 depuis 2003, et les voyages internationaux sont devenus encore plus populaires (ils ont été multipliés par 7,6 par rapport à 2003)3. Par conséquent, le risque de transmission d’un virus et les répercussions négatives sur le tourisme international sont beaucoup plus élevés aujourd’hui.

N’oublions pas non plus que Wuhan joue un rôle stratégique dans l’économie chinoise – c’est une plaque tournante pour le transport, le commerce et l’industrie en Chine centrale. La croissance sur 12 mois du PIB de la ville a été de 7,8 % en 2019, dépassant le taux de croissance national qui a été de 6,0 %. Elle devrait être de seulement 6,0 % cette année3.

Parallèlement, le contexte macroéconomique n’a pas changé; la capacité de la Chine à relancer sa croissance est beaucoup plus limitée qu’elle l’était en 2003. Tout bien considéré, nous pensons que les investisseurs peuvent s’attendre à ce qui suit :

  • Un choc économique pour le secteur des services (ventes au détail, hôtels, divertissement), semblable à celui provoqué par l’épidémie du SRAS, surtout que le virus est apparu peu de temps avant le Nouvel An chinois.
  • Une plus grande faiblesse du renminbi en raison de l’aversion pour le risque et des pressions exercées par la baisse des taux d’intérêt. Nous nous attendions auparavant à ce que le renminbi teste le seuil psychologique de « sept pour un dollar américain » au cours des trois à six prochains mois. Compte tenu des événements, il est probable que ce seuil soit atteint plus rapidement.

À l’extérieur de la Chine, nous nous attendons aussi à ce que les marchés développés subissent un choc de confiance, certes plus léger, mais non négligeable. La propagation du virus et l’augmentation du nombre de cas confirmés pourraient causer des pressions sur le secteur des services. Nous surveillons de près, à l’échelle mondiale, l’activité dans le secteur du logement ainsi que les ventes au détail. Ces données pourraient être quelque peu faussées en janvier et en février, mais nous ne nous attendons pas à ce que cela change la donne pour le moment.

Une forte baisse du nombre de touristes chinois pourrait également avoir d’importantes répercussions sur les économies de la région, en particulier celles qui dépendent davantage des touristes chinois, comme la Thaïlande, le Cambodge, Hong Kong et le Vietnam.

La croissance mondiale n’a pas encore atteint son creux; le risque de baisse demeure.

Dans nos perspectives pour 2020, nous avons indiqué qu’un léger rebond de la croissance mondiale aurait lieu au second semestre de l’année. Selon nous, la reprise sera soutenue par la faiblesse des taux d’intérêt, les secteurs cycliques (logement), l’arrêt de la dégradation de la confiance, la stabilisation de la croissance en Chine et un réapprovisionnement progressif des stocks. Notre point de vue n’a pas changé, malgré une plus grande incertitude à l’égard de la performance de l’économie chinoise.

Cependant, à l’heure actuelle, le premier trimestre de 2020 devrait rester un « point névralgique » pour la croissance aux États-Unis (et dans le monde), pendant que la récession manufacturière et commerciale à l’échelle mondiale et les perturbations de la chaîne d’approvisionnement se font sentir dans le système. Dans une perspective à plus long terme, nous pensons que cette situation créera en définitive des occasions d’achat, mais dans l’intervalle, il est probable que le contexte macroéconomique suscitera une aversion pour le risque à court terme qui sera amplifiée par la propagation du coronavirus.

Des banques centrales plus conciliantes?

Le risque pour les banques centrales est asymétrique : nous pensons que les marchés pourraient anticiper une réduction supplémentaire des taux d’intérêt au cours des prochaines semaines, même si celle-ci n’avait pas lieu en fin de compte. La Banque d’Angleterre et la Banque du Canada, qui affichaient jusqu’à tout récemment un ton ferme, ont adopté une approche plus conciliante en janvier – la situation liée au coronavirus pourrait déterminer leur prochaine décision. Dans le contexte actuel, nous pensons que la Fed n’aura d’autre choix que de continuer à assouplir sa politique, sinon elle risquerait de resserrer davantage les conditions financières.

Conséquences pour le marché

Les premières semaines de 2020 ont été relativement calmes jusqu’à l’apparition du coronavirus. La politique monétaire reste conciliante et l’économie mondiale affiche des signes annonciateurs d’une reprise qui, selon nous, prendra de l’ampleur au second semestre de l’année. D’un point de vue macroéconomique, nous ne nous attendons pas à ce que l’épidémie liée au coronavirus modifie considérablement ces prévisions. Bien qu’il soit judicieux d’adopter une approche relativement plus défensive à court terme, nous croyons que les perturbations actuelles pourraient être perçues comme une occasion stratégique et nous continuons de prévoir que les actions termineront l’année en hausse.

1 Organisation mondiale de la Santé, janvier 2020. L’épidémie de SRAS a pris fin en juillet 2003. 2 Bloomberg, Macrobond, au 31 janvier 2020. 3 Bureau national des statistiques chinois, Gestion de placements Manuvie, au 31 janvier 2020.

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Sue Trinh

Sue Trinh, 

Chef, Stratégie macroéconomique, Asie, équipe Solutions multiactifs

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Frances Donald

Frances Donald, 

Économiste en chef, Monde et stratège, Équipe Solutions multiactifs

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