Le coronavirus, un événement perturbateur, mais non dévastateur

Je ne prétends pas avoir toutes les réponses. Mais les questions valent certainement la peine qu’on y réfléchisse.

— Arthur C. Clarke

L’un des aspects les plus intéressants de notre métier est le fait que nos clients nous poseront souvent des questions sur à peu près tous les sujets. Outre des questions sur les marchés financiers, nous recevrons des questions sur la politique, les données démographiques, le comportement des investisseurs, le bilan des ménages, l’endettement des gouvernements, les technologies perturbatrices, et ainsi de suite. Bien que nous nous efforcions de faire le plus de recherches possibles sur autant de sujets possibles, le cœur de notre travail s’articule autour d’une interrogation : « Où gagnons-nous de l’argent? » Certains sujets, bien qu’ils suscitent la passion des investisseurs, ne sont pas toujours pertinents à une stratégie de placement. Dans le cas d’autres sujets : il se peut que nous n’ayons tout simplement pas les réponses aux questions posées. Néanmoins, comme le suggère la citation ci-dessus, les questions valent certainement la peine qu’on y réfléchisse.

Nous avons reçu bon nombre de questions sur le coronavirus actuel et sur son incidence potentielle sur l’économie chinoise, l’économie mondiale, les marchés des actions et des titres à revenu fixe et avons beaucoup travaillé pour en connaître les répercussions potentielles. La dure vérité est qu’il n’existe pas de bons exemples qui peuvent être mis en parallèle à la situation que nous vivons aujourd’hui même si les éclosions virales passées présentent certaines similarités. Dans la plupart des rapports que j’ai lus sur ce coronavirus, l’épidémie de SRAS survenue en 2003 est utilisée pour une comparaison immédiate. Pourtant, nous sommes d’avis que la comparaison est loin d’être parfaite, car elle ne se prête pas à l’économie et au marché. Pour établir des attentes plausibles, nous devons donc nous pencher sur un ensemble d’événements perturbateurs passés semblables.

Selon nous, les caractéristiques du marché boursier américain au moment de l’épidémie de SRAS de 2003 étaient bien différentes de celles d’aujourd’hui. Rappelez-vous qu’en 2003, dans la foulée du marché baissier et de la débâcle technologique, l’indice S&P 500 avait atteint à deux reprises des creux et que parallèlement l’attention des investisseurs était portée sur l’éventuelle intervention militaire en Irak. De plus, l’indice S&P 500 se négociait à environ 18,5 fois les bénéfices des 12 derniers mois et affichait une accélération de la croissance des bénéfices. Aujourd’hui, l’indice S&P 500 se situe à quelques points de pourcentage de son sommet historique, se négociant à près de 22 fois les bénéfices des 12 derniers mois et affichant une croissance négative des bénéfices sur 12 mois. En 2003, compte tenu du poids moins lourd de la Chine dans l’économie mondiale, le SRAS n’a peut-être pas eu beaucoup de répercussions sur le marché boursier américain comme il pourrait l’avoir aujourd’hui. Par conséquent, comparer le coronavirus au SRAS pour essayer de connaître l’incidence potentielle sur l’indice S&P 500 serait comme comparer des pommes et des oranges. Ce que nous devrions faire est l’examen des répercussions potentielles d’une perturbation en Chine sur les exportations mondiales.

L’indice S&P 500 « hier et aujourd’hui » indique le bénéfice par action et le ratio cours-bénéfice sur 12 mois de 2002 à aujourd’hui. Plus particulièrement, en 2003, durant l’épidémie du SRAS, l’indice affichait une accélération de la croissance du bénéfice par action et un déclin des ratios cours-bénéfice. Aujourd’hui, l’indice affiche le contraire : un ralentissement de la croissance des bénéfices et une augmentation des ratios cours-bénéfice.
L’indice S&P 500 « hier et aujourd’hui » indique le niveau de l’indice par rapport au bénéfice par action total. Le graphique illustre comment en 2003 l’indice avait chuté alors que le BPA était en hausse. Aujourd’hui, l’indice affiche le contraire : un niveau d’indice plus élevé et un BPA en baisse.

En 2003, la Chine n’était pas aussi importante qu’aujourd’hui pour l’économie mondiale. En 2003, le pays se classait au 6e rang mondial, juste derrière l’Italie, représentant 8,7 % de l’économie mondiale. Aujourd’hui, la Chine est la deuxième économie en importance dans le monde, représentant 19,3 %. Les États-Unis, le Japon et l’Inde importent davantage de produits de la Chine que de n’importe quel autre pays, tandis que l’UE et le Brésil exportent davantage vers la Chine que vers n’importe quel autre pays. Du point de vue des exportations, la Chine représentait 4,2 % des exportations mondiales en 2003. Aujourd’hui, le pays compte pour 10,5 % des exportations mondiales. Cependant, les exportations en pourcentage du PIB de la Chine aujourd’hui sont à peu près les mêmes qu’en 2003. Une perturbation des exportations aujourd’hui pourrait bien avoir une incidence semblable sur l’économie chinoise à celle qu’elle aurait eue en 2003 étant donné que la part des exportations dans le PIB du pays est demeurée semblable, mais une perturbation du volume des exportations aurait davantage de répercussions sur la chaîne d’approvisionnement mondiale et donc sur l’économie mondiale aujourd’hui. Par conséquent, il est probable que l’économie mondiale subisse davantage les effets des perturbations économiques en Chine qu’en 2003. D’après nous, la remontée des bénéfices sur les marchés aux États-Unis et ailleurs dans le monde qu’anticipent les investisseurs pourrait être retardée d’un trimestre ou deux.

Exportations de la Chine de 1991 à 2019. Le graphique illustre la variation des exportations de la Chine en pourcentage du PIB et en pourcentage du marché mondial à l’exportation. Le pourcentage du PIB provenant des exportations est le même qu’en 2003, tandis que la part du marché mondial à l’exportation est passée de 4,2 % à 10,5 %.

Nous croyons que le coronavirus aujourd’hui aura des effets perturbateurs plutôt que dévastateurs sur la croissance économique, c’est-à-dire que la perturbation de l’activité économique sera temporaire et non permanente. Si 2003 n’est pas selon nous un exemple parfait de ce qui pourrait se produire aujourd’hui, nous devons nous pencher sur d’autres événements perturbateurs passés pour obtenir d’autres indications. L’une des comparaisons sur lesquelles nous pourrions nous appuyer est la période du vortex polaire de 2014. Le vortex polaire n’était pas un problème de santé, certes, mais le froid extrême et les chutes de neige records qui ont paralysé la plupart des États-Unis ont touché environ 200 millions de personnes. Au premier trimestre de 2014, de nombreux États ont souffert de températures exceptionnellement basses et de chutes de neige records. Les conditions météorologiques extrêmes ont entraîné l’annulation de dizaines de milliers de vols aux États-Unis, ainsi que la fermeture de plusieurs routes et écoles à l’échelle de l’État. Dans une économie basée sur la consommation, la restriction de la consommation, liée aux conditions météorologiques dans ce cas-ci, comporte des conséquences économiques. Bien que l’hiver 2014 et l’événement qui se produit actuellement soient différents (problème d’ordre météorologique non de santé), il est bon de souligner certains parallèles comme l’annulation des vols et l’incidence sur la consommation, les services et le secteur manufacturier.

Les conditions météorologiques extrêmes de 2014 ont donné lieu à une croissance plus faible que prévu du PIB au premier trimestre de 2014. Nous sommes d’avis que la Chine pourrait connaître une situation semblable avec une baisse de l’activité économique. Une croissance économique négative au premier trimestre d’un trimestre à l’autre pour la Chine, qui représenterait un ralentissement important de l’activité au premier trimestre, est donc, selon nous, un résultat réaliste. Cependant, ce qu’il faut surtout noter est la situation qui a suivi aux États-Unis après le premier trimestre de 2014. Une fois la saison hivernale passée, la reprise économique a été prononcée au trimestre suivant. Une fois le virus maîtrisé, et à mesure qu’il s’élimine de lui-même (en supposant qu’il n’y ait pas d’effets négatifs plus importants), la Chine pourrait selon nous assister à un rebond économique semblable alimenté par une reprise et le déblocage de la demande.

PIB des États-Unis, taux annuel désaisonnalisé sur trois mois. Le graphique montre que l’économie américaine n’a pas subi de répercussions significatives à la suite du SRAS en 2003. En 2014, pendant la période du vortex polaire, le PIB des États-Unis s’est contracté sur trois mois, pour ensuite amorcer une forte reprise au trimestre suivant.

La tournure des événements est regrettable, car l’économie commençait tout juste à s’améliorer. Toute reprise de l’activité manufacturière chinoise est probablement retardée d’un trimestre ou deux. Nous prêtons attention à deux mesures, soit les indices des directeurs d’achats régionaux et les prix du cuivre pour des indications sur les importations chinoises. Le secteur manufacturier chinois, mesuré par l’indice PMI de Caixin, se situait à un niveau supérieur à 50 au cours de chacun des six derniers mois pour s’établir en janvier à 51,1 (un niveau supérieur à 50 indique une expansion). Il devrait stagner, voire reculer, au cours des prochains mois. De plus, nos études montrent que la variation des prix du cuivre tend à soutenir les importations chinoises. Une amélioration de chacun de ces éléments signalerait un renforcement de l’économie chinoise. Les prix du cuivre avaient augmenté sur 12 mois au quatrième trimestre de 2019, indiquant une amélioration prochaine des importations chinoises. Les importations chinoises avaient en effet rebondi, affichant un taux de croissance sur 12 mois de 16,5 % en décembre. Toutefois, compte tenu du récent repli des prix du cuivre, nous pensons encore une fois que la reprise économique sera retardée d’un trimestre ou deux.

Moyennes de l’indice mondial PMI des directeurs d’achats du secteur manufacturier au 31 janvier 2020. Le graphique montre la tendance sur un an, six mois et trois mois perçue dans les indices des directeurs d’achats régionaux. Plus particulièrement, dans le cas de la Chine, nous assistons à un ralentissement de l’activité manufacturière entre 6 et 3 mois. Compte tenu du coronavirus actuel, nous nous attendons à ce que la croissance manufacturière ralentit davantage au premier trimestre.
Importations chinoises et prix du cuivre sur 12 mois. Le graphique compare la variation des prix du cuivre sur 12 mois à celle des importations chinoises sur 12 mois. Les prix du cuivre, qui avaient rebondi au quatrième trimestre de 2019, ont reculé en raison du virus, ce qui suggère que le rebond des importations chinoises observé en décembre pourrait laisser place à un recul au cours des prochains mois.

Dans l’ensemble, du point de vue économique, nous sommes d’avis que le coronavirus aura vraisemblablement des effets perturbateurs, mais non dévastateurs, sur la croissance. Les répercussions économiques pourraient donc se traduire par un ralentissement de la croissance des bénéfices sur les marchés asiatiques, avec des retombées sur les marchés boursiers américains au premier semestre de 2020, suivi d’une reprise de l’économie et des bénéfices, comme nous l’avons vu par le passé. Loin de nous l’idée de proposer une modification de la répartition de l’actif simplement en réaction à l’épidémie actuelle, car une reprise suivra très vite selon nous. Pour le moment, nous continuons de mettre l’accent sur les données fondamentales et de rester attentifs aux valorisations boursières actuelles, tout en recherchant des signes d’un redressement plus marqué des bénéfices des actions.

Philip Petursson, CIM
Stratège en chef des placements

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