Actions canadiennes de base : elles misent sur des rendements en trésorerie durables et la protection contre les risques extrêmes

Bien que les tensions commerciales à l’échelle mondiale se soient récemment traduites par un recul des marchés boursiers – et malgré les signes précurseurs de récession envoyés par les marchés obligataires –, nous sommes d’avis que les principaux risques extrêmes qui guettent les actions canadiennes ne font pas la manchette. Patrick Blais, CFA, FSA, gestionnaire de portefeuille principal, décrit ce qu’il considère comme les menaces clés des marchés ainsi que les secteurs présentant le moins de risques pour les actions assorties de rendements en trésorerie élevés.    

Points à retenir

  1. Nous continuons de surveiller de près plusieurs risques de variation extrême, notamment la possibilité d’un recul du marché de l’habitation et du crédit à la consommation au Canada, les risques de déflation, ainsi que la possibilité que les déséquilibres structurels de la Chine se résorbent et déstabilisent l’économie mondiale.
  2. Dans le marché actuel, nous estimons qu’il est important de mettre l’accent sur les actions assorties de rendements en trésorerie élevés dont la dispersion passée était faible. Cela contribue à cerner des sociétés de qualité aux activités durables qui, lorsque regroupées au sein d’un portefeuille, pourront atténuer les effets d’une hausse de la volatilité sur celui-ci et pourraient lui offrir aussi une protection contre les baisses.
  3. Bien que les valorisations restent justes à élevées — même après le repli des marchés d’août 2019 — nous continuons à repérer des occasions intéressantes dans les télécommunications, les sociétés de technologie bien établies, et quelques entreprises de la consommation, comme les épiciers.
  4. Nous estimons qu’il y a des raisons de demeurer prudent à l’égard des secteurs de l’énergie et des services financiers, et nous voyons l’attrait potentiel des grands exploitants de sables bitumineux ainsi que des compagnies d’assurance dommages et des gestionnaires d’actifs non traditionnels.

Actuellement, en ce qui concerne l’économie et les marchés, le scénario que nous estimons le plus plausible est qu’une faiblesse des taux d’intérêt et le retour de l’attitude accommodante des banques centrales aident à stabiliser l’économie mondiale, replaçant le monde dans un contexte de faible croissance plus ou moins synchronisée. Cela signifierait qu’un ensemble de conditions légèrement favorables aux actions mondiales serait en place; cependant, nous craignons de plus en plus l’augmentation des risques de ralentissement, ce qui pourrait gravement frapper les marchés des actions.

Qu’arrivera-t-il si le crédit à la consommation est perturbé?

Vu les hausses de l’endettement des consommateurs qui se sont échelonnées sur de nombreuses décennies, nous pensons que la possibilité d’un recul du crédit à la consommation fait planer un important risque de variation extrême sur le secteur de l’habitation, les conditions du crédit pour les banques, et sur l’économie dans son ensemble. Si la capacité conjointe de dépenser et d’emprunter des consommateurs cessait de croître — malgré l’absence ou la diminution des coûts associés au service de leur dette —, l’économie éprouverait des difficultés considérables. 

Les constructeurs d’habitations et les magasins de produits de rénovation, par exemple, subiraient les contrecoups de toute détérioration du crédit à la consommation, tandis que les marchés de l’habitation canadiens plus dynamiques pourraient continuer à décliner. Les banques, qui présentent dans l’ensemble des valorisations attrayantes à l’heure actuelle, pourraient être particulièrement vulnérables à court ou moyen terme. À un moment où la diminution des taux d’intérêt fait reculer les marges d’intérêt nettes des banques, un ralentissement de la croissance des prêts et une recrudescence des défaillances feraient planer la menace de conditions plus difficiles. Alors que les provisions pour pertes sur prêts sont actuellement faibles par rapport au passé, les banques sont mal préparées à composer avec toute hausse marquée des renégociations des modalités de prêts ou des défaillances des clients. La diminution des marges d’intérêt nettes entraînant une réduction du revenu net d’intérêts limiterait la capacité des banques à générer des bénéfices et des flux de trésorerie disponibles intéressants.

Il est possible que les banques ne soient pas préparées à un recul du crédit à la consommation (en %)

Graphique linéaire montrant les provisions pour perte sur prêt atteignant un sommet de 100 % entre le premier et le troisième trimestre de 2009, avant de retomber aux niveaux d’avant la crise vers le troisième trimestre de 2011 et d’y rester jusqu’au premier trimestre de 2019. Source : Gestion de placements Manuvie, rapports financiers de la société, au 30 juin 2019.

Et si la Chine fait une mauvaise chute durant sa bataille commerciale?

Alors que les risques liés au surendettement des consommateurs sont importants, ils ont tendance à être éclipsés par les problèmes actuels touchant le commerce mondial. Bien sûr, personne ne peut prédire avec certitude la suite en ce qui a trait aux jeux de stratégie risqués qui sont en cours sur la scène mondiale. Toutefois, en ce qui a trait aux accrochages d’ordre économique entre la Chine et plusieurs pays occidentaux, certains déséquilibres structurels de la Chine pourraient, en cas de résorption suffisante, entraîner des secousses économiques particulièrement fortes.

Il n’est pas rare que la Chine soit à l’origine de la majeure partie de la demande totale de matières premières et de biens d’un autre pays. Actuellement, la Chine est pour le Canada le principal partenaire commercial après les États-Unis. Pour les industries axées sur la machinerie, qui sont le point fort du Canada, la Chine constitue, après les États-Unis, l’un des principaux acheteurs du Canada en ce qui a trait aux produits miniers, aux automobiles et aux produits agricoles. Si la demande chinoise venait à reculer, même dans un seul des secteurs, cela serait une mauvaise nouvelle pour le Canada.

D’autres risques de variation extrême connexes pourraient commencer à s’installer dans un contexte de ralentissement mondial intensifié par la Chine, notamment la possibilité d’une baisse importante des prix du pétrole, ce qui non seulement ferait reculer le secteur de l’énergie, mais placerait aussi l’économie canadienne en terrain beaucoup plus instable. Dans un contexte où planent ces risques, nous croyons qu’il est important de nous concentrer sur la durabilité à long terme des rendements des flux de trésorerie disponibles des sociétés, puisqu’ils représentent selon nous une façon prudente de maintenir à la fois la qualité et la résilience d’un portefeuille, quelle que soit la conjoncture de marché.

À la recherche d’une faible dispersion des rendements en trésorerie

Dans les marchés actuels caractérisés par une faiblesse des taux d’intérêt et de l’inflation, les investisseurs n’ont pas totalement abandonné l’idée de croissance, mais ils sont de plus en plus attirés par les actions considérées comme sûres, soit celles des services publics, de l’immobilier, de l’énergie et des pipelines. Cependant, dans ces segments de marché, les valorisations ont grimpé considérablement et semblent élevées alors que les risques de déflation continuent de croître.

Selon nous, un éventail de sociétés des secteurs de l’assurance dommages, de l’énergie, et des télécommunications peuvent offrir un avantage sur le plan des valorisations comparativement à ces valeurs refuges plus traditionnelles. Les sociétés ayant démontré leur capacité à générer des flux de trésorerie durables et importants — cela pourrait constituer une valeur ajoutée pour le portefeuille parce qu’elles ont montré qu’elles ont tendance à ne pas se comporter de manière conforme aux fluctuations de l’ensemble du marché — méritent qu’on s’y attarde tout particulièrement.

En ce qui concerne l’assurance dommages, nous croyons qu’il est important d’évaluer l’exposition des sociétés au risque environnemental, au risque social, et aux risques de gouvernance, comme celle qui résulte de la tarification des entreprises du secteur des combustibles fossiles, et la vulnérabilité créée par la tarification pour l’assurance commerciale de sociétés fortement exposées aux risques matériels associés aux changements climatiques. Toutefois, lorsque ces risques sont convenablement divulgués et atténués, certains assureurs se démarquent par leur profil de rendement en trésorerie élevé — et cet élément est en général sous-estimé.

Un autre sous-secteur qui est lui aussi souvent ignoré est celui des sociétés d’exploration et de production d’énergie, surtout en raison du risque perçu à l’égard du prix du pétrole. Il est reconnu que les prix du pétrole sont propulsés par un ensemble complexe de facteurs : Les marchés américains du pétrole de schiste; l’OPEP; la croissance en Chine; l’alliance incertaine entre la Russie et l’OPEP; les points chauds sur le plan géopolitique, comme le Venezuela, la Libye et l’Iran; les dernières nouvelles sur la taxe du carbone; les véhicules électriques et les changements aux règlements sur les émissions — toute combinaison de ces facteurs pourrait entraîner la volatilité des prix du pétrole dans l’une ou l’autre des directions. Vu cette incertitude, les investisseurs ont été attirés par les actions canadiennes du secteur des pipelines en raison de leurs caractéristiques de rendement, mais ils pourraient ainsi manquer l’occasion d’investir dans certaines des sociétés d’exploration et de production, comme les principaux exploitants de sables bitumineux, qui pourraient selon nous s’avérer plutôt solides malgré une volatilité des prix du pétrole d’ordre macroéconomique.

Certaines sociétés du secteur de l’exploration et de la production d’énergie pourraient résister à un choc pétrolier

Graphique linéaire des rendements relatifs de deux grandes sociétés canadiennes du secteur de l’énergie par rapport au prix du West Texas Intermediate et de l’indice plafonné de l’énergie TSX. On voit sur le graphique qu’entre octobre 2014 et octobre 2018, les grandes sociétés canadiennes du secteur de l’énergie ont mieux résisté aux chocs du prix du pétrole. Source : Gestion de placements Manuvie et FactSet, avril 2019. À titre indicatif seulement. Le West Texas Intermediate (WTI), aussi connu comme un pétrole léger non sulfuré du Texas, est un type de pétrole brut dont le prix est utilisé comme référence. L’indice plafonné de l’énergie S&P/TSX est conçu pour mesurer le rendement des actions canadiennes du secteur de l’énergie faisant partie de l’indice composé S&P/TSX, un indice élargi mesurant le rendement du marché des actions canadiennes. La pondération relative de chacun des titres composant l’indice est plafonnée. Il n’est pas possible d’investir directement dans un indice.

Actuellement, en ce qui concerne les prix du pétrole, l’éventail de résultats possibles est extrêmement vaste. Pour la plupart des sociétés d’exploration et de production, cela entraîne un risque important : Si le prix du pétrole chute en deçà du coût marginal de production, les sociétés pourraient se retrouver avec des entreprises non viables. Cependant, lorsque la volatilité monte en flèche et que le prix du pétrole chute, les sociétés du secteur de l’exploration et de la production qui restent les plus solides sont celles qui résistent à la volatilité et qui acquièrent des actifs attrayants à prix faibles, renforçant ainsi leur capacité à surmonter les fluctuations futures du prix du pétrole.

Parmi les secteurs des « substituts d’obligations », nous préférons actuellement certaines actions des télécommunications aux actions des services publics, de l’immobilier et des pipelines. Alors que les investisseurs ont injecté des fonds dans l’ensemble de ces segments de marché, les titres des télécommunications ont en général offert une meilleure valeur, un rendement plus élevé des flux de trésorerie disponibles, et une sensibilité aux changements de taux moins grande que ces autres substituts d’obligations. Il est important de tenir compte de cela dans le contexte actuel de faiblesse des taux d’intérêt, puisque les rendements obligataires peuvent rapidement remonter.

Les actions des télécommunications ont une dispersion des flux de trésorerie relativement faible

Graphique à barres sur une échelle de flux de trésorerie concrets de 0 % à 8 %, montrant que trois sociétés de télécommunications non identifiées ont enregistré des rendements supérieurs, variant entre 5 % et 6 %, comparativement à quatre sociétés de pipelines non identifiées et à deux sociétés de services publics, dont le rendement a été inférieur, variant entre 1 % et 4 %. Source : Gestion de placements Manuvie, rapports financiers de la société, au 31 août 2019. À titre indicatif seulement.

Conclusion

Dans un contexte de volatilité des marchés, nous croyons que les risques de variation extrême les plus menaçants pour les actions canadiennes ne sont pas ceux que surveillent la plupart des investisseurs. À notre avis, le surendettement du consommateur canadien est peut-être le plus pertinent des facteurs de risque qui planent sur l’économie du pays, alors que les déséquilibres structurels de la Chine — qui pourraient s’atténuer gravement par suite d’une guerre commerciale incontrôlée — lancent à l’économie mondiale des défis plus menaçants encore que ce qui est estimé de manière générale.

Cela a quelque peu compliqué notre recherche en vue de trouver ce que nous considérons comme des occasions sous-évaluées. Ainsi, il peut s’avérer nécessaire pour les investisseurs privilégiant la valeur de surveiller les actions évaluées à leur juste valeur, afin de cerner celles qui pourraient être en mesure de surpasser le marché grâce à leurs caractéristiques uniques et à une exposition globale moindre aux risques d’ordre macroéconomique. 

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Patrick Blais, CFA, FSA

Patrick Blais, CFA, FSA, 

Gestionnaire de portefeuille principal, Gestion des actions fondamentales, Gestion de placements Manuvie

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