Deux types de replis du marché : les petits et les grands marchés baissiers

La série documentaire Les secrets des baleines nous dévoile à quel point ces cétacés peuvent être différents d’une espèce à l’autre. Certaines baleines sont énormes, alors que d’autres sont petites; elles peuvent être féroces, ou bien inoffensives. Le cachalot nain est la plus petite baleine du monde; sa taille est inférieure à la plupart des dauphins. À l’autre bout du spectre, l’énorme rorqual bleu est non seulement le plus imposant de son espèce, mais compte parmi les plus grands animaux à avoir vécu sur Terre (la longueur moyenne de la grande baleine bleue se situe entre 21 et 27 mètres [70 et 90 pieds], soit l’équivalent de deux autobus scolaires). Les épaulards ou orques munis de dents peuvent manger des poissons, des phoques et d’autres animaux marins, alors que la baleine bleue possède une mâchoire pourvue de longues lames cornées appelées fanons, lesquels servent de filtre permettant de consommer de petits crustacés ressemblant à des crevettes.

Tout comme les baleines, les marchés baissiers ne sont pas tous pareils. On parle de marché baissier quand la chute par rapport au dernier sommet est de plus de 20 %. Au moment d’écrire cet article, bon nombre des marchés boursiers mondiaux se sont repliés. Aux États-Unis, l’indice S&P 500 a connu 15 marchés baissiers depuis les années 1950. Pour les fins du présent éditorial, nous avons tenu compte des marchés baissiers dont la chute est d’au moins 19 % et les avons classés en deux catégories : les grands et les petits. Les petits marchés baissiers se produisent en dehors d’une récession, tandis que les grands marchés baissiers surviennent en période de récession.

Des 15 marchés baissiers depuis 1950, huit occurrences sont considérées comme de grands marchés baissiers, alors que les sept autres sont par défaut de petits marchés baissiers. Les petits marchés baissiers ont été plus cléments envers les investisseurs, avec un taux de liquidation moyen d’environ 23 %. Fait intéressant, si l’on retire les petits marchés baissiers du marché baissier de 1961 (recul de 28 %) et du krash boursier de 1987 (baisse de 33 %), la moyenne des cinq autres occurrences définit parfaitement le marché baissier, soit une baisse de 20 %. À l’opposé, le taux de liquidation moyen d’environ 37 % des grands marchés baissiers ont fait vivre des moments plutôt difficiles aux investisseurs.

Grands marchés baissiers (marchés baissiers avec récessions) et petits marchés baissiers (marchés baissiers sans récession)
Ce graphique montre le recul des marchés baissiers en pourcentage depuis 1950. Les marchés baissiers se répartissent en deux groupes : les petits marchés baissiers (qui se produisent en dehors d’une récession) et les grands marchés baissiers (qui surviennent en période de récession).
Source : Équipe Stratégie des marchés des capitaux, Bloomberg, au 25 juillet 2022

Comme Mark Twain aurait déjà dit : « L’histoire ne se répète pas, mais elle rime ». Pouvons-nous tirer quelques leçons des marchés baissiers au fil du temps?

Les économies américaine et mondiale ont commencé à ralentir considérablement depuis le début de l’année sous l’effet de la montée des taux d’intérêt et de la hausse de l’inflation, et elles laissent désormais entrevoir un risque accru de récession au cours de la première moitié de 2023. Si nous arrivons à éviter la récession, le recul de l’indice S&P 500, au moment de rédiger ces lignes, connaît déjà des niveaux comparables aux rendements historiques des marchés baissiers.

Cependant, s’il devait y avoir une récession, l’expérience du passé donne à penser qu’il y a un plus grand risque que ces niveaux entraînent une baisse, étant donné que le taux de liquidation moyen lors d’un grand marché baissier est de 37 %. Nous pensons que si une récession devait se concrétiser, elle serait peu importante, appuyée par une conjoncture relativement saine sur le plan de l’emploi et de la consommation aux États-Unis. Tout nous porte à croire que la probabilité d’une grave récession au cours des 12 prochains mois demeure faible et qu’il est assez improbable que l’on assiste à un contexte semblable à la grande crise financière de 2008 (chute de 5,1 % du PIB et affaissement du marché à 57 %); à la récession de 1973–1974 (baisse du PIB de 3,2 % et régression du marché de 48 %); ou au krach des valeurs technologiques survenu en 2000–2001 qui, malgré une légère récession, a été causé par l’éclatement sans précédent de la bulle technologique et les attaques terroristes du 11 septembre (l’indice S&P 500 a perdu 49 %). Ces événements mis à part, le taux de liquidation moyen de 37 % lors d’un grand marché baissier remonte à 28 %.

Malgré la reprise que nous avons connue au cours des dernières semaines, il est impossible de prédire si nous avons atteint le creux de cette baisse du marché. Une nouvelle baisse à partir de ces niveaux demeure toujours possible, nous rapprochant de la moyenne d’un grand marché baissier. Toutefois, pour les investisseurs, le coût de renonciation le plus important de s’éloigner de leurs objectifs financiers n’est pas le fait de subir une correction potentielle de 10 % à partir de ces niveaux, mais de rater le prochain marché haussier.

Autrement dit, pratiquement tout le potentiel d’une légère récession a déjà été pris en compte par les marchés.

Si l’on considère que nous traversons actuellement un marché baissier accompagné d’une récession, nous devons alors nous demander à quel moment à partir du sommet nous devons songer à recommencer à augmenter la pondération des actions, en supposant que le profil de risque et l’horizon de placement de l’investisseur soient appropriés.

Pour ce faire, nous avons examiné les précédents marchés baissiers de ce type et avons regardé à quoi ressemblaient les rendements un an, deux ans et trois ans après un repli boursier de 10 %, 20 %, 30 %, 40 % et 50 % par rapport au sommet. Le tableau suivant fait ressortir les occasions d’achat pour chaque période. Ce que l’on observe, c’est qu’en période de marché baissier très prononcé (2008–2009, 2000–2002 et 1973–1974), les véritables occasions d’achat (qui ont donné des gains un ou deux ans plus tard) ne se sont pas manifestées avant que les actions n’aient perdu 30 % ou plus par rapport à leurs sommets respectifs ou plus proches de la moyenne du grand marché baissier. Lors de marchés baissiers moins prononcés (1990–1991, 1980–1982 et 1970), les occasions d’achat se sont manifestées plus tôt, après un recul de 10 % seulement.

Comme nous l’avons indiqué plus haut, nous sommes probablement dans un grand marché baissier. Le tableau ci-dessous montre donc qu’en période de marché baissier accompagné d’une récession, il est prudent d’attendre et de ne pas se ruer sur les marchés dès les premiers replis. C’est apparemment lorsque les actions ont perdu 20 % ou plus que le jeu en vaut vraiment la chandelle.

Si nous avons raison et que le ralentissement économique n’entraîne qu’une légère récession, cela pourrait signifier que le marché boursier américain a probablement déjà intégré une partie importante du marché baissier.

Rendement total sur 1, 2 et 3 ans après des reculs de –10 %, de –20 %, de –30 %, de –40 % et de –50 % depuis le sommet
Ce graphique montre le rendement total à terme sur des périodes d’un an, de deux ans et de trois ans après huit marchés baissiers accompagnés d’une récession depuis 1956. En période de marché baissier très prononcé, les véritables occasions d’achat ne se sont pas manifestées avant que les actions n’aient perdu 30 % ou plus par rapport à leurs sommets respectifs ou plus proches de la moyenne du grand marché baissier. Lors de marchés baissiers moins prononcés, les occasions d’achat se sont manifestées plus tôt, après un recul de 10 % seulement.
Source : Équipe Stratégie des marchés des capitaux, Bloomberg, au 25 juillet 2022

Enfin, il convient de se montrer réaliste quant aux temps qu’il faudra au marché boursier pour se redresser. Le tableau ci-après montre le temps qu’il a fallu aux investisseurs qui auraient investi après un repli des actions durant les précédents marchés baissiers, accompagnés d’une récession ou pas, pour récupérer leur argent. Le graphique indique le nombre de jours moyen qu’il a fallu à un investisseur pour récupérer ses pertes après avoir investi quand le marché avait baissé de 10 %, 20 %, 30 %, 40 % et 50 %. Par exemple, après un recul de 20 % par rapport au sommet, il a fallu en moyenne environ 306 jours de bourse pour récupérer sa mise dans le cadre d’un marché baissier accompagné d’une récession, contre 13 lors d’un marché baissier sans récession.

Nombre de jours requis pour que l’indice S&P 500 atteigne son sommet précédent
Marchés baissiers (liés ou non à une récession) depuis 1950 
Ce graphique indique le nombre de jours moyen qu’il a fallu à un investisseur pour récupérer son capital investi, après que les actions eurent atteint leur creux, durant les précédents marchés baissiers, qu’ils soient causés ou non par une récession, depuis 1950 quand le marché avait baissé de 10 %, 20 %, 30 %, 40 % et 50 %.
Source : Équipe Stratégie des marchés des capitaux, Bloomberg, au 25 juillet 2022

Les marchés n’évoluent pas en ligne droite; au cours du marché baissier, on peut observer des reprises ponctuelles suivies de périodes au cours desquelles les actions reviendront tester leurs creux précédents ou tomberont même plus bas. Par exemple, lors de l’éclatement de la bulle Internet, nous avons connu six reprises ponctuelles (pour une reprise totale de plus de 20 %) au cours de ce marché baissier dont le repli du sommet au creux a été de 49 %. Bien qu’il soit impossible de prédire quand le creux de ce marché baissier sera atteint, l’histoire montre qu’à partir de tels niveaux, les investisseurs réaliseront des gains un an, deux ans ou trois ans plus tard. Les marchés baissiers ne plaisent à personne, mais ils peuvent être une promesse de récompense pour ceux qui font preuve de patience.

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Macan Nia, CFA

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Co-stratège en chef des placements

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Kevin Headland, CIM

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