Pénurie alimentaire et insécurité énergétique : évaluation des risques associés aux facteurs ESG des dettes souveraines dans le cadre du conflit entre la Russie et l’Ukraine

Le conflit en Ukraine restera longtemps dans les mémoires, avant tout pour son lourd bilan humain. On se souviendra également de cette guerre pour avoir provoqué une grave pénurie de produits agricoles et une forte volatilité sur les marchés de l’énergie, qui ont érodé la stabilité géopolitique et menacé de compromettre l’effort mondial de lutte contre le changement climatique. Environ huit mois après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, nous dressons le bilan des risques associés aux facteurs ESG et présentons un bref aperçu de la future reconstruction de l’Ukraine.

Points à retenir

  • L’agression militaire de la Russie contre l’Ukraine et son incidence sur les produits énergétiques et agricoles de base ont provoqué d’importantes perturbations économiques mondiales, qui devraient encore perdurer quelque temps. À terme, il faudra déployer un effort massif d’aide à la reconstruction et au rétablissement de l’Ukraine et donner aux marchés des capitaux la possibilité de renforcer ce soutien.
  • En ce qui concerne les risques associés aux facteurs sociaux, la lenteur de la Russie à libérer les produits agricoles ukrainiens a conduit à une pénurie alimentaire généralisée. En effet, l’augmentation du coût des denrées alimentaires a accentué les écarts de richesse et exacerbé les inégalités sociales, non seulement en Ukraine et dans les pays voisins d’Europe de l’Est, mais aussi en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.
  • Nous pensons que ces événements sont susceptibles d’aggraver les risques associés aux facteurs géopolitiques et sociaux, en entraînant une plus grande instabilité politique et une exacerbation des mouvements de migration massive à même de déclencher des bouleversements économiques et sociopolitiques de second ordre en Europe.
  • À court terme, le conflit nuit à la course mondiale à la décarbonation. Cependant, à plus long terme, nous pensons qu’il aura permis d’accélérer la transition vers une économie à faibles émissions de carbone, notamment dans la mesure où l’Europe cherche aujourd’hui à réduire sa dépendance à l’égard des exportations énergétiques russes.

Après le conflit, le rétablissement

Quelle que soit la durée du conflit en Ukraine, nous pensons que ses répercussions se feront sentir pendant des années, tant sur les marchés mondiaux des produits de base que sur les régimes politiques et sur les infrastructures sociales. Certaines villes récemment détruites ont entamé un timide retour à une vie un peu plus normale, alors qu’elles procèdent à des rénovations d’urgence pour affronter l’hiver qui approche à grands pas. Le soutien des pays occidentaux, notamment l’engagement de dizaines de pays souverains à appuyer une reconstruction complète de l’infrastructure économique de l’Ukraine, débouchera – rapidement, espérons-le – sur une feuille de route détaillée, visant à assurer le financement des efforts de rétablissement à long terme (en anglais seulement).

Le coût de la reconstruction de l’Ukraine a récemment été estimé à 350 milliards de dollars (en anglais seulement). Nous ignorons évidemment encore quel sera le montant définitif, d’autant plus qu’il est difficile de prévoir la durée de cette guerre et que l’étendue des dommages causés aux infrastructures civiles n’est pas encore connue. Nous sommes d’avis que cette reconstruction à grande échelle se traduira par des garanties, des subventions et des prêts à long terme provenant de larges réserves de capitaux mondiaux, soutenus par les pays du G7 et des organisations supranationales.

La conférence à venir sur le rétablissement, la reconstruction et la modernisation de l’Ukraine devrait permettre de clarifier le mode de financement de cette tâche. La participation d’organisations supranationales telles que la Banque mondiale, la Banque européenne d’investissement (BEI) et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), pour n’en citer que quelques-unes, est également à prévoir sous une forme qui reste à préciser. Enfin, la participation du secteur privé représente un soutien auxiliaire susceptible de canaliser les fonds nécessaires à la reconstruction d’une Ukraine « meilleure » et plus résiliente. Cela permettra aux investisseurs en titres à revenu fixe de répartir le capital selon les besoins.

Les bouleversements majeurs renforcent l’importance et la nécessité de porter un jugement actif

Un événement hautement perturbateur tel que le conflit en Ukraine pose pour le moins des difficultés en matière d’analyse de crédit. Compte tenu des bouleversements considérables qu’elle a entraînés sur l’économie et sur les marchés de l’agriculture et de l’énergie, la guerre échappe pour l’instant aux dimensions systématiques et axées sur les données du modèle de facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) pour les dettes souveraines du gestionnaire de portefeuille de Gestion de placements Manuvie, du moins jusqu’à ce que les données finissent par refléter chaque indicateur et que nous puissions réévaluer les répercussions du conflit. Néanmoins, alors que les conséquences sociopolitiques et environnementales continuent de s’aggraver, le fait d’avoir une idée de l’orientation probable des données ESG nous permet de faire deux prévisions générales en toute confiance : l’une pour les conséquences de la pénurie alimentaire et l’autre pour celles de l’insécurité énergétique relative aux combustibles fossiles. 

L’Ukraine est réputée pour être le grenier à blé du monde. La Russie est également un grand exportateur de céréales. Les blocages des ports ukrainiens par la Russie ont toutefois interrompu les exportations de céréales pendant des mois jusqu’à ce que la Russie convienne avec l’Ukraine, cet été, sous les auspices de la Turquie, de débloquer lentement les exportations agricoles ukrainiennes destinées au reste du monde. En outre, la Russie – et la Biélorussie dans une moindre mesure – se taille la part du lion en matière d’exportations mondiales d’engrais, ce qui met en péril les récoltes futures, déjà en proie aux perturbations mondiales actuelles.

Cette volatilité de l’approvisionnement en céréales a provoqué – et continuera probablement à exacerber – une pénurie et une insécurité alimentaires à long terme touchant des millions de personnes, ce qui pourrait intensifier les crises migratoires et générer d’autres risques géopolitiques. Les conditions météorologiques extrêmes causées par le changement climatique ne feront qu’aggraver le tableau déjà sombre qui se dessine pour le secteur agricole.

En outre, le conflit accélérera ou retardera l’adoption de carburants de substitution à faible teneur en carbone, qui sont nécessaires pour lutter contre le changement climatique à l’échelle mondiale. Cela revêt une importance existentielle, avant tout pour les dizaines de millions de personnes qui pourraient être déplacées et exposées à des risques extrêmes à la suite de ce conflit. Dans ce contexte tumultueux, il va de soi que la situation présentera également un enjeu considérable pour les États souverains, notamment en ce qui concerne les perspectives de croissance dans un contexte d’insécurité énergétique, les tendances démographiques, ainsi que la liquidité globale et la capacité d’investissement des marchés de la dette.

1 Les risques associés aux facteurs sociaux de ce conflit vont continuer à transformer le paysage géopolitique

La pire crise migratoire depuis la Seconde Guerre mondiale

Au début du mois d’août 2022, plus de 12 millions de personnes en Ukraine, soit près d’un tiers de la population du pays, avaient été déplacées. Cet exode a été qualifié de pire crise migratoire depuis la Seconde Guerre mondiale (en anglais seulement). Parmi ces réfugiés, plus de six millions, principalement des femmes et des enfants, ont fui précipitamment vers les pays voisins, en particulier la Pologne, mais aussi la Lettonie, la Moldavie, la Roumanie, la Slovaquie, la Hongrie, la Biélorussie et la Russie. Bien entendu, les coûts de logement, d’alimentation et de soins de santé assumés par ces pays, ainsi que par les États et les villes où ces populations déplacées et à risque finiront par s’installer, seront considérables. Selon une estimation (en anglais seulement) récente, ces coûts pourraient dépasser 30 milliards de dollars seulement pour la première année.

Malheureusement, la crise migratoire ne fait probablement que commencer. Les répercussions sur les marchés d’exportation de céréales et d’engrais ukrainiens et russes, bien que ressenties dans le monde entier, sont particulièrement graves en Afrique du Nord et au Moyen-Orient (ANMO), où la dépendance à l’égard de ces produits agricoles est élevée. En dépit de l’accord (en anglais seulement) récemment négocié pour reprendre les exportations de ces ressources essentielles, des dizaines de millions de personnes, qui souffraient déjà de pénurie alimentaire avant l’invasion russe en février, risquent de souffrir de malnutrition en raison des perturbations considérables infligées par la guerre à la chaîne d’approvisionnement agricole.

Nous considérons la pénurie et l’insécurité alimentaires comme un possible élément déclencheur d’une augmentation importante des mouvements de réfugiés dans la région ANMO ainsi que vers l’Europe. Les effets de cette situation sur la région ANMO pourraient se révéler principalement négatifs, notamment en ce qui concerne la réduction de la main-d’œuvre qualifiée dans certains pays et les implications en matière de droits de l’homme pour les populations déplacées à l’intérieur de la région. En Europe, bien que les répercussions à court terme puissent s’avérer négatives, ce transfert de capital humain pourrait bien entraîner des effets positifs à long terme, du fait de la contribution de ces migrants à la croissance du marché du travail, à la suite de leur intégration au sein des communautés. Ce dernier point suppose toutefois que la politique d’immigration européenne reste davantage axée sur l’accueil des migrants temporaires et des personnes cherchant à s’établir en permanence que sur un rejet nourri par un sentiment anti-immigration.

Cette hypothèse relative à la politique d’immigration européenne est au cœur de notre analyse, mais nous la traitons avec prudence. À titre d’exemple, certains partis politiques européens nouvellement victorieux affichent leurs racines néofascistes (en anglais seulement) et proposent des mesures résolument anti-immigration (en anglais seulement) de contrôles aux frontières.

En outre, au regard de l’Histoire, il est peu probable que l’accueil des populations déplacées se poursuive, en particulier après l’ampleur des flux migratoires en provenance d’Ukraine.

L’instabilité prévaut : le Printemps arabe et la crise des réfugiés en Europe

Un exemple à la fois historique et pertinent à considérer est la période du Printemps arabe. Né en 2011 en Tunisie, ce soulèvement populaire résolument opposé aux régimes autocratiques avait ensuite gagné la Libye, l’Égypte, la Syrie et le Yémen. Conséquence de la répression politique féroce qui avait suivi dans la plupart de ces pays, l’autocratie s’était renforcée au détriment de la démocratie, tandis que certains États s’étaient mués en véritables zones de guerre (la Syrie et le Yémen, par exemple). Bien entendu, investir dans de telles régions représente aujourd’hui une entreprise périlleuse. Considérons l’exemple solide de l’Égypte, dont la politique et la gestion de la dette publique ont depuis révélé de sérieux risques associés à des facteurs de gouvernance, selon nos recherches.

La répression politique qui a sanctionné le Printemps arabe a contribué à jeter les bases de la crise des réfugiés de 2015, au cours de laquelle 1,3 million de personnes avaient fui vers l’Europe. Les conflits armés étaient la principale cause de cet exode. La majorité des réfugiés avaient alors fui vers l’Allemagne, qui s’était avérée accueillante sous la direction de la chancelière de l’époque, Angela Merkel, ainsi que vers la Hongrie, la France, la Suède et d’autres pays de l’Union européenne.

Le Printemps arabe a pavé la voie à un afflux de réfugiés vers l’Europe en 2015, et leur nombre reste élevé

Nombre annuel de demandes d’asile reçues dans les pays de l’Espace économique européen et au Royaume-Uni, entre 2010 et 2021

Le diagramme à barres montre le nombre annuel de demandes d’asile reçues dans les pays de l’Espace économique européen et au Royaume-Uni entre 2010 et 2021. Après une escalade au cours des cinq premières années de cette période, le nombre de demandeurs d’asile connaît un sommet en 2015, puis diminue au cours des cinq années suivantes, mais demeure supérieur aux niveaux d’avant la crise.

Source : Eurostat, septembre 2022. L’Espace économique européen (EEE) comprend les 27 pays de l’UE, l’Islande, le Lichtenstein et la Norvège. Les données comprennent également les demandeurs d’asile au Royaume-Uni, entre 2010 et 2019. Le terme « demandeur d’asile » désigne toute personne ayant présenté une demande de protection internationale ou ayant été associée à une telle demande en tant que membre de la famille au cours de la période de référence.

Cette décision avait suscité une réaction politique brutale en Europe, presque au point d’amener les habitants de la région à élire des dirigeants protectionnistes désireux de fermer les frontières et de remodeler la politique climatique, de manière à ralentir la transition vers une économie à faibles émissions de carbone, laquelle était pourtant déjà bien engagée sur ce territoire.

Malheureusement, nous pensons que la guerre en Ukraine fait peser un risque élevé et tout aussi extrême de crise politique et migratoire dans les années à venir. Les pays d’Afrique du Nord sont les plus menacés (en anglais seulement) par la pénurie de blé causée par le conflit russo-ukrainien. L’Égypte, le Soudan et la République démocratique du Congo importent respectivement 82 %, 75 % et 69 % de leur blé d’Ukraine et de Russie, tandis que la Somalie et le Bénin importent chacun l’intégralité de leur blé de l’un ou l’autre ou des deux pays belligérants. La pénurie alimentaire dans la région ANMO et le type de perturbations qui pourraient s’ensuivre appartiennent au cycle de risques associés aux facteurs sociaux et de gouvernance qui découlent de la guerre en Ukraine.

Les pays de la région ANMO connaissent la croissance démographique la plus rapide au monde. De ce fait et compte tenu des répercussions de la guerre sur ces territoires, les principaux foyers de la croissance démographique mondiale pourraient subir une aggravation rapide de la pénurie alimentaire, de la pauvreté et des inégalités sociales. La prévalence et la gravité de la sous-alimentation étant déjà bien pires en Afrique que dans d’autres régions, nous pensons que la guerre risque d’aggraver considérablement la crise humanitaire dans cette région. Selon nous, ces circonstances pourraient faire de la région ANMO la plus grande source de migration massive de la décennie actuelle.

La prévalence de la sous-alimentation est la plus élevée en Afrique

Le diagramme à barres comparatif montre la prévalence de la sous-alimentation de la population dans différentes régions du monde. Ce pourcentage est inférieur à 2,5 % en Amérique du Nord et en Europe, il passe à 9,10 % en Asie et atteint 20,20 % en Afrique. Le diagramme indique également que la population souffrant de malnutrition en Afrique devrait atteindre 278 millions de personnes en 2021 et 310 millions en 2030.

Source : Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, au 31 décembre 2021. Valeurs basées sur le point médian d’une plage projetée.

Vulnérabilités en Égypte, au Ghana et au Kenya

Pour reprendre l’exemple de l’un des deux groupes de marchés émergents inclus dans le modèle de facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) pour les dettes souveraines du gestionnaire de portefeuille de Gestion de placements Manuvie, l’Égypte présente des vulnérabilités uniques. Sur le plan du volume, l’Égypte est le plus grand importateur de blé (en anglais seulement) au monde. Cela signifie que la hausse des prix à l’importation des produits agricoles de base, tels que le blé et d’autres céréales, risque de se traduire par des tensions budgétaires que le gouvernement égyptien et la population en général auront du mal à supporter.

Comme de nombreux autres partenaires commerciaux de la Russie dans le domaine des produits de base, l’Égypte cherchera à se diversifier pour ne plus dépendre de la Russie, mais cela ne se fera pas du jour au lendemain. La saison des récoltes en Égypte, qui a débuté à la mi-avril, a permis aux agriculteurs locaux de constituer des réserves de blé, mais cela n’a pas suffi à empêcher la hausse du coût des aliments. Traditionnellement, le coût des denrées alimentaires en Égypte est un sujet tabou qui provoque des troubles publics, comme ce fut le cas lors du Printemps arabe et lors de nombreuses autres crises antérieures. Si les bouleversements sont suffisants, les facteurs sociaux et de gouvernance que nous mesurons sont susceptibles d’enregistrer une détérioration croissante.

Les déclassements pourraient s’accélérer

Le Ghana et le Kenya sont également d’importants consommateurs de blé, puisque cette denrée représente un tiers de la consommation de céréales de leurs populations respectives, et qu’elle est en grande partie importée. Pour sa part, le Ghana est confronté à certains défis budgétaires liés à son déficit, ce qui a incité Moody’s à dégrader sa note de crédit souverain en mars de B3 à Caa1 avec une perspective stable. Standard & Poor’s et Fitch ont ensuite décidé en août de dégrader la dette du Ghana de B−/B (S&P) et B− (Fitch) à CCC+/C et CCC respectivement, sur la base d’une évaluation négative du profil financier du pays et d’une série de pressions extérieures, parmi lesquelles l’impact de la guerre.

Sur le plan économique et du point de vue du marché, compte tenu de l’incertitude entourant l’intégrité sociopolitique et la disponibilité des produits agricoles, les notes de crédit de ces pays et d’autres pays de la région présentent un risque proportionnellement plus élevé de subir une trajectoire descendante ou de renouer avec elle. Cela limite encore plus leur accès aux marchés de la dette et leur capacité future à financer tous les aspects de leur développement, qu’il s’agisse d’infrastructures, de soins de santé, de programmes sociaux, de subventions contre la hausse des prix alimentaires, de nouveaux programmes agricoles ou de stratégies d’adaptation au changement climatique.

2 Les bouleversements énergétiques de notre époque pourraient, à terme, accélérer la transition vers une économie à faibles émissions de carbone

Outre le risque d’une crise humanitaire prolongée, le conflit russo-ukrainien a provoqué des bouleversements majeurs sur le marché de l’énergie, qui ont intensifié le problème actuel de l’inflation mondiale et entravé temporairement la transition énergétique engagée pour lutter contre le changement climatique. Toutefois, alors qu’une grande partie de l’Europe subit de plein fouet le contrecoup des restrictions énergétiques imposées par la Russie, et que les pays qui s’opposent à l’agression russe s’efforcent de consolider leurs réserves de combustibles fossiles pour assurer leur sécurité énergétique à court terme, de nombreux projets ont été lancés – notamment en Europe – en vue d’accélérer la transition mondiale à long terme vers l’indépendance énergétique. Nous estimons que les solutions envisagées à long terme pour répondre aux défis énergétiques et climatiques restent cohérentes.

Il est évident que tous les pays ne réagissent pas de manière positive à la crise. La hausse des prix de l’énergie a conduit certains gouvernements à intensifier l’exploration. Le gouvernement mexicain a ainsi adopté des mesures concrètes pour soutenir les usines fonctionnant aux combustibles fossiles, après avoir annoncé que son avenir reposait sur ces sources d’énergie (en anglais seulement), au détriment des projets d’énergie renouvelable. Peut-être pire encore, la République démocratique du Congo a annoncé cet été qu’elle allait vendre aux enchères des permis de recherche de pétrole et de gaz (en anglais seulement), en vue de transformer en zones de forage de vastes étendues de sa forêt tropicale et de ses tourbières. Cette mesure en particulier pourrait s’avérer catastrophique sur le plan des émissions de gaz à effet de serre, car elle menacerait l’un des plus importants puits de carbone et l’une des principales sources de biodiversité de la planète.

Néanmoins, le caractère urgent de la quête de sécurité énergétique pousse également les entreprises et les responsables politiques à agir plus rapidement et plus audacieusement pour envisager des solutions énergétiques jusqu’ici peu considérées.

Énergies renouvelables et énergie nucléaire : trouver des atomes crochus pour assurer la sécurité énergétique mondiale

Avec une consommation estimée entre 100 et 200 TWh, une grande partie de l’électricité utilisée par l’Union européenne est produite à partir du gaz naturel fourni par la Russie. Selon les prévisions actuelles, il s’agit toutefois d’une quantité raisonnable susceptible d’être remplacée par les énergies solaire et éolienne. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le renforcement prévu des capacités en matière d’énergies renouvelables (en anglais seulement) devrait permettre de réduire considérablement la dépendance de l’Europe à l’égard des exportations de gaz russe d’ici 2023.

Production d’électricité provenant du gaz naturel dans l’Union européenne de 2011 à 2021 et croissance de la production d’électricité provenant de sources renouvelables de 2021 à 2023

Le diagramme montre la part de la production d’électricité provenant du gaz naturel dans l’UE associée au gaz russe entre 2011 et 2021. Elle varie de 100 TWh à 200 TWh. Le diagramme montre aussi que la croissance prévue de la production d’énergies renouvelables de 2021 à 2023 est presque égale au sommet de l’écart entre les anciens paramètres. Environ deux tiers de cette croissance des énergies renouvelables devraient provenir de l’énergie éolienne; le tiers restant, environ, devrait provenir de sources photovoltaïques.

Source : AIE, Mise à jour du marché des énergies renouvelables – mai 2022 : perspectives pour 2022 et 2023. UE est l’abréviation d’Union européenne. TWh est l’abréviation de térawattheure. PV est l’abréviation de photovoltaïque.

Le renforcement des capacités à des fins commerciales en matière d’énergie solaire et de parcs éoliens connaît une croissance rapide, et l’AIE reconnaît que la mise en œuvre immédiate de politiques énergétiques sera la clé pour que l’Europe atteigne les objectifs récemment annoncés dans son plan REPowerEU.

Toutefois, aussi ambitieux que ce plan puisse paraître, le panel actuel d’énergies renouvelables – qui comprendrait l’énergie hydroélectrique, les biocarburants et les sources d’énergie géothermique – ne suffira probablement pas à assurer une transition mondiale réussie vers un modèle à carboneutralité, à en juger par l’approche des gouvernements européens. Compte tenu des réalités technologiques et des besoins en énergie de base, la réexploitation de l’énergie nucléaire est également nécessaire pour assurer une transition réussie vers un avenir à faibles émissions de carbone.

Les projets de construction ou de rénovation de réacteurs bénéficient aujourd’hui d’un accueil beaucoup plus favorable dans le monde entier, y compris dans la région Asie-Pacifique et en Europe. Comme le souligne Reuters, le Royaume-Uni, qui n’avait pas entrepris de nouveau projet nucléaire depuis des décennies, a récemment donné son feu vert au financement de deux nouveaux chantiers de ce type (en anglais seulement). Parallèlement, le gouvernement japonais, qui s’était détourné de l’énergie nucléaire après la catastrophe de Fukushima en 2011, a annoncé son intention de redémarrer ses anciennes centrales et envisagerait le développement de réacteurs de nouvelle génération (en anglais seulement). Ces derniers produisent moins d’énergie que les réacteurs traditionnels, mais leur avantage réside dans leur taille réduite, leur modularité et leur relative sécurité.

Pourtant, malgré les projets de construction de nouvelles centrales nucléaires, le déficit de ce secteur en matière de production d’électricité devrait encore se creuser, notamment en raison du déclassement des anciennes centrales et du temps et des ressources nécessaires à la mise en service de nouvelles capacités nucléaires. Comme le mentionne l’AIE (en anglais seulement) sur la base des tendances actuelles et des objectifs politiques annoncés, la capacité nucléaire en 2040 s’élèvera à 582 GW, bien en deçà du niveau de 730 GW requis dans le scénario « carboneutralité d’ici 2050 ».

Capacité nucléaire mondiale dans le scénario de carboneutralité, de 2005 à 2050

Le diagramme à barres montre l’évolution de la capacité nucléaire mondiale au fil du temps, avec des données pour 2005, 2020, 2035 (projection) et 2050 (projection). La capacité projetée comprend des données relatives à la construction prévue de nouvelles capacités nucléaires ainsi qu’au déclin du parc de réacteurs existants, qui peuvent rester en service pendant environ 60 ans. En 2035 et en 2050, l’écart se creuse par rapport au scénario de carboneutralité soumis à l’analyse de l’Agence internationale de l’énergie.

Source : AIE, Électricité d’origine nucléaire : des efforts supplémentaires sont nécessaires, 2021. GW est l’abréviation de gigawatt.

Nous pensons que les États souverains doivent penser en termes de mosaïque globale de sources d’énergie – et d’interdépendances entre les différents producteurs et consommateurs de matières premières – s’ils veulent collectivement et durablement répondre aux enjeux de la sécurité énergétique et du changement climatique.

De nombreuses solutions de production d’énergie sont envisagées pour répondre aux besoins à court terme, comme en témoignent le vif intérêt des dirigeants américains et européens pour le stockage des combustibles fossiles (en anglais seulement), la relance de certaines centrales au charbon et le renforcement des capacités d’importation européennes en matière de gaz naturel liquéfié. En conséquence, le monde se tourne une fois de plus vers certaines sources d’énergie à plus fortes émissions. Cette tendance ne devrait toutefois pas durer. En effet, les gouvernements ont pris conscience que la dépendance à l’égard des combustibles fossiles était synonyme d’instabilité des prix et d’insécurité énergétique, et que la véritable solution consistait à promouvoir des options à faibles émissions de carbone afin d’encourager les investissements, un meilleur soutien politique et la poursuite des placements dans les infrastructures électriques.

Les risques associés aux facteurs ESG amplifient leurs répercussions mutuelles

À mesure que le conflit en Ukraine s’éternise, quels pays seront les plus résilients et les plus à même de surmonter la pénurie de produits de base, et lesquels seront les plus vulnérables face à cette crise? Qui est dépendant des chaînes d’approvisionnement mondiales pour les produits de base tels que la nourriture et l’énergie, et qui est plus isolé de ces réseaux économiques?

Le maintien à long terme de cours élevés pour les combustibles fossiles fait peut-être partie des objectifs du pétro-État russe dans sa guerre contre l’Ukraine voisine, mais les effets de cette agression se traduisent par une hyperinflation des prix de l’énergie et des denrées alimentaires dans le monde entier, ce qui rend l’objectif d’indépendance vis-à-vis des matières premières d’autant plus impératif à l’échelle mondiale.

En tant qu’investisseurs obligataires multisectoriels, nous pensons qu’il est essentiel de comprendre proactivement les risques associés aux facteurs ESG, afin d’anticiper leur dynamique changeante lorsque des écarts se creusent entre des événements géopolitiques ou des controverses majeures et des données tardives. C’est dans ces situations qu’un modèle flexible et dynamique peut aider à évaluer les changements potentiels à venir des profils de risque des crédits souverains, sujets aux fluctuations rapides.

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Christopher M. Chapman, CFA

Christopher M. Chapman, CFA, 

Gestionnaire de portefeuille principal et cochef, Titres à revenu fixe multisectoriels mondiaux,

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Frederick W. Isleib III, CFA

Frederick W. Isleib III, CFA, 

Directeur principal, Recherche et intégration des facteurs ESG, équipe ESG

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Christopher N. Smith, CFA, CAIA

Christopher N. Smith, CFA, CAIA, 

Analyste principal en investissement, Équipe des titres à revenu fixe multisectoriels mondiaux

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Elina Theodorakopoulou

Elina Theodorakopoulou, 

Gestionnaire de portefeuille, Titres de créance des marchés émergents

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