Cinq tendances qui façonnent le marché du travail américain

Les États-Unis sont aux prises avec une importante pénurie de main-d’œuvre qui ralentit la reprise économique et fait grimper les salaires, et les théories sur ce qui alimente cette pénurie abondent. Nous examinons cette question de plus près.

Points à retenir

  • Le nombre record de démissions et la faiblesse persistante du taux de participation à la population active ont suscité des inquiétudes quant à la santé du marché du travail étant donné ses répercussions sur l’inflation, la croissance et la productivité.
  • La COVID-19 a eu pour effet de mettre davantage en évidence certaines tendances du marché du travail et d’en accélérer d’autres. Dans bien des cas, ces développements sont de nature structurelle.
  • Il faudrait réévaluer les outils et les cadres établis pour comprendre le marché du travail, car ils ne tiennent peut-être pas tout à fait compte des changements importants qui sont survenus ces dernières années.

Le marché du travail se contracte?

Pour certains, 2021 est l’année de la Grande Démission, une période au cours de laquelle un nombre record de travailleurs américains ont quitté définitivement le marché du travail. Cette tendance, rapportée dans les médias, a été largement présentée comme une réaction collective à la pandémie. On a proposé aux lecteurs des histoires touchantes de personnes qui ont quitté leur travail pour s’occuper de jeunes enfants et de personnes vulnérables, et d’autres qui ont décidé d’échanger le tourbillon infernal dans lequel elles se trouvaient contre une vie plus simple et plus enrichissante. Ces récits intéressants semblent être étayés par des données économiques.

Les travailleurs américains quittent leur emploi plus massivement qu’ils ne l’ont fait en 20 ans (%)
Graphique illustrant le taux de démission des travailleurs américains dans les catégories suivantes : taux de démission global, taux de démission dans le secteur des loisirs et de l’hôtellerie, et taux de démission dans le secteur des services professionnels et aux entreprises, de 2000 au 14 janvier 2022. Le graphique montre que les taux de démission dans ces trois catégories sont à leur plus haut niveau depuis janvier 2000.
Source : U.S. Bureau of Labor Statistics et Gestion de placements Manuvie, au 14 janvier 2022. Les zones grises indiquent des récessions.

Plus de 4,3 millions de travailleurs ont quitté leur emploi en décembre, après le nombre record de 4,5 millions établi en novembre, ce qui porte à près de 47,5 millions le nombre de personnes qui ont démissionné en 2021, soit environ 12,5 millions de départs de plus que pendant toute l’année 2020.1 Ces données concordent avec les rapports faisant état d’une pénurie de main-d’œuvre persistante, ce qui fait naître des inquiétudes quant à la santé à long terme du marché du travail américain.

Certains observateurs n’ont pas tardé à faire remarquer que démissionner est différent de quitter définitivement le marché du travail. C’est pourquoi les économistes s’intéressent principalement au taux de participation à la population active, qui permet de calculer le pourcentage de la population qui travaille ou qui cherche activement du travail, une mesure qui est plus représentative du marché du travail américain. Cela dit, le taux de participation à la population active a chuté de plus de cinq points de pourcentage pendant la première vague de COVID-19, entre février et avril 2020, et n’a récupéré qu’un peu plus de la moitié du terrain perdu depuis, ce qui donne de la crédibilité à ces inquiétudes.

Les recherches démontrant que la pandémie a freiné notre volonté de reprendre le travail ne manquent pas, avec la crainte de contracter la COVID-19, les chèques de relance, les responsabilités en matière de soins, et les fermetures d’écoles. Cependant, l’offre de main-d’œuvre est restée obstinément limitée, même lorsque certains de ces facteurs se sont dissipés au deuxième semestre de 2021. Bien que les retraites anticipées (par les personnes de 55 ans et plus) et la baisse de l’immigration aient accentué le problème, elles n’expliquent qu’une partie de la situation globale.

Baisse constante du taux de participation à la population active aux États-Unis depuis 2000 (%)
Graphique illustrant le taux de participation à la population active aux États-Unis de janvier 1951 au 7 janvier 2022. Le graphique montre que le taux de participation à la population active aux États-Unis diminue progressivement depuis 2000.
Source : US Bureau of Labor Statistics, au 7 janvier 2022. Les zones grises indiquent des récessions.

Il serait trop simpliste de considérer la pandémie comme l’unique cause de la tendance récente du marché du travail. Les données historiques portent à croire que cette tendance s’observe depuis plusieurs décennies. En effet, le taux de participation à la population active total des personnes de plus de 16 ans a atteint un sommet au début des années 2000 et n’a cessé de reculer depuis. De plus, le ratio emploi-population a culminé à 64,6 % en mars 2000 et se situe actuellement à 59,5 %. Peut-être que ce qui importe, ce n’est pas tant de savoir quand les travailleurs américains répondront à l’appel qui les invite à retourner au travail, mais de considérer le marché du travail sous un autre angle.

Notre compréhension du concept de travail a changé au cours des dernières décennies, notamment en ce qui concerne les avantages que nous (les travailleurs) prévoyons en tirer et la place que le travail devrait occuper dans notre vie. Parallèlement, l’énergie déployée constamment pour accroître la productivité et l’efficacité a également influencé notre expérience de travail. Dans ce contexte, nous mettons en relief cinq tendances (la plupart ayant commencé à se dessiner avant la pandémie de COVID-19) qui, selon nous, façonneront le marché du travail.

1 Demandeurs d’emploi et employeurs : la balance du pouvoir a changé de côté

La pénurie chronique de main-d’œuvre peut faire osciller la balance du pouvoir entre les employeurs et les employés, et donne un atout supplémentaire à ceux qui sont aptes et disposés à travailler, ce qui leur permet d’exiger de meilleurs salaires et avantages, comme des heures de travail flexibles et le choix du lieu de travail.

Selon la loi de l’offre et de la demande, les travailleurs qui auront le plus grand pouvoir de négociation seront concentrés dans les secteurs les plus durement touchés par la pénurie, en l’occurrence, ceux des loisirs et de l’hôtellerie. Heureusement, les médias ont allégé quelque peu cette situation troublante en soulignant les efforts que les employeurs sont prêts à déployer pour embaucher du personnel, qu’il s’agisse des généreuses primes d’embauche, des engagements à investir dans des innovations visant à faciliter le travail des baristas ou des canapés gratuits offerts aux personnes qui envisagent de devenir serveurs et serveuses. Curieusement, bien que ce soit dans les secteurs des loisirs et de l’hôtellerie que la croissance des salaires est la plus forte, la pénurie de personnel demeure grave dans ces secteurs. Qu’est-il arrivé à notre modèle économique, qui indique essentiellement que les salaires plus élevés attirent plus de travailleurs? De toute évidence, les travailleurs recherchent plus que cela.

La quête et la demande de salaires plus élevés et de meilleures conditions de travail ne datent pas d’hier. C’est ce qu’on peut constater par la forte augmentation du nombre de travailleurs touchés par les importants arrêts de travail survenus depuis 2017 (naturellement, les données de 2020 sont faussées par la pandémie). Bien que la situation soit très différente de celle qui régnait dans les années 1970, il est évident que le concept de négociation collective pourrait gagner du terrain, et la pandémie a peut-être fait pencher la balance du côté des demandeurs d’emploi.

Nombre de travailleurs touchés par d’importants arrêts de travail (de 1975 à 2020)
Graphique illustrant le nombre de travailleurs touchés par d’importants arrêts de travail chaque année depuis 1975, selon les données disponibles en janvier 2022. Le graphique montre que le nombre de travailleurs américains touchés par d’importants arrêts de travail est passé d’environ 25 000 en 2017 à plus de 400 000 en 2018 et en 2019.
Source : U.S. Bureau of Labor Statistics et Gestion de placements Manuvie, en date de janvier 2022.

Plus les travailleurs peuvent conserver longtemps leur pouvoir de négociation, plus ils sont susceptibles d’en récolter les fruits, qu’il s’agisse d’une hausse de salaire ou d’un ajout à leurs avantages sociaux. D’un point de vue économique, leur pouvoir de négociation contribuera également à la dynamique inflationniste à long terme. Cela dit, les sociétés tributaires de la main-d’œuvre risquent de changer d’approche et de gérer leur problème de personnel différemment. Certes, nous nous attendons à ce que les travailleurs continuent de tenir le gros bout du bâton en 2022, et peut-être en 2023, mais une tendance émergente pourrait limiter la durée de cette situation : l’automatisation.

L’augmentation de l’automatisation est une tendance thématique que l’on observait déjà avant la pandémie de COVID-19 et qui s’est accélérée au cours des deux dernières années. C’est une force puissante qui remodèlera le marché du travail. Au cours des neuf premiers mois de 2021, les sociétés d’Amérique du Nord ont commandé 29 000 robots (un nombre record) pour accélérer la production mise à mal par les difficultés liées à l’embauche. Fait révélateur, les fabricants de robots ont reçu des commandes provenant de secteurs qu’ils n’auraient pas pensé compter parmi leurs clients. Les restaurants rapides et les hôtels ont eu recours, par exemple, à la technologie et aux robots pour remplacer des travailleurs qu’il était difficile de conserver parce que leurs fonctions impliquent un grand nombre d’interactions (qui augmentent le risque d’exposition à la COVID-19). Selon nous, le décalage entre la pénurie de main-d’œuvre, d’une part, et les gains d’efficacité que promet l’automatisation, d’autre part, deviendra un élément essentiel de la dynamique du marché du travail à moyen terme, des salaires et des pressions sur les prix au cours des prochaines années.

2 Nouvelles préférences professionnelles

Au cours des deux dernières années, les modalités de travail flexible ou, plus précisément, le télétravail, sont devenues une caractéristique fondamentale de la vie pour bon nombre d’entre nous. Elles ne constituent plus un avantage que les gestionnaires peuvent offrir à l’occasion comme mesure incitative, mais plutôt une composante du travail devenue nécessaire pendant la pandémie. Comme les enfants qui ont pris goût aux bonbons, on s’attend maintenant à pouvoir profiter du télétravail et on trouve difficile de reprendre notre mode de vie d’avant.

Redéfinir le télétravail

Selon certaines estimations, le télétravail représentait 5 % des journées de travail entièrement rémunérées aux États-Unis avant la pandémie, un chiffre qui a rapidement atteint 60 % avant de se stabiliser autour de 40 %. Il est impossible de savoir quelle proportion de la main-d’œuvre américaine pourra travailler à domicile en permanence, mais des études montrent que ce chiffre pourrait se situer entre 20 % et 25 %. À notre avis, cette réalité aura une incidence positive sur le taux de participation à la population active, car offrir davantage de souplesse aux travailleurs permet d’éliminer certains obstacles potentiels à l’emploi (responsabilités en matière de soins, emplacement géographique, etc.).

Employés ayant travaillé à domicile pendant les jours travaillés (%)

(moyennes pour les périodes de mai à décembre 2019 et 2020)

Graphique à barres illustrant le pourcentage de travailleurs de divers secteurs (activités financières, services éducatifs et de santé, fabrication, loisirs et hôtellerie, etc.) qui ont travaillé à domicile au cours de la période de huit mois allant de mai à décembre 2019 et 2020. Le graphique montre que la proportion de travailleurs qui ont travaillé à domicile de mai à décembre 2020 est nettement plus élevée que de mai à décembre 2019.
Source : U.S. Bureau of Labor Statistics et Gestion de placements Manuvie, au 28 juillet 2021.

Un tel changement aura sans aucun doute des répercussions majeures sur l’économie. Bien qu’il soit difficile maintenant de prévoir ce qui va se passer et l’ampleur des changements qui vont survenir, il était facile, au début de la pandémie, de comprendre que la tendance du télétravail allait donner lieu à des occasions de croissance pour ceux qui créent des logiciels et du matériel nécessaires au télétravail. Cela dit, là où il y a des gagnants, il y aura aussi des perdants, et nous nous demandons si le large consensus économique a vraiment pris en compte toutes les conséquences que le télétravail pourra avoir sur l’économie et la croissance.

Une étude récente a révélé que le télétravail pourrait entraîner une réduction de 5 % à 10 % des dépenses de consommation dans les grands centres urbains, une situation qui pourrait plomber les prévisions de croissance pour les grandes villes et les villes régionales. L’incidence du télétravail sur la productivité est un élément tout aussi important. Bien qu’il soit largement admis que le télétravail a stimulé la productivité, il va de soi que l’incidence réelle sur la productivité varie d’un secteur à l’autre et d’un poste à l’autre. Il faut également reconnaître que le télétravail ne convient pas à tout le monde, qu’il s’agisse ou non d’une option. L’espace utilisé et l’environnement sont des facteurs clés à prendre en considération, sans compter que le télétravail pourrait (notamment) nuire aux possibilités d’avancement. Parallèlement, des recherches ont également démontré que, dans certains cas, les télétravailleurs étaient moins productifs. Nous pourrions rédiger plusieurs articles sur le télétravail, mais ce que nous voulons préciser, c’est qu’il faut réévaluer plusieurs indicateurs économiques – de la croissance à la productivité, en passant par le marché du logement – dans le contexte de cette nouvelle façon de travailler.

3 Démondialisation et importance de la durabilité de la chaîne d’approvisionnement

S’il y a une chose que nous avons apprise sur le commerce mondial au cours des deux dernières années, c’est que la chaîne d’approvisionnement mondiale est bien fragile. Les mesures de confinement et les fermetures de ports ont entraîné des pénuries de divers produits, comme les semi-conducteurs et le papier de toilette, et mis en évidence les inconvénients de la dépendance excessive au commerce mondial et à la méthode de production juste-à-temps.

Cela dit, la lente tendance à la démondialisation s’est amorcée avant le début de la pandémie de COVID-19, et a peut-être été cristallisée par plusieurs événements survenus entre 2016 et 2018, dont le Brexit et l’escalade des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine. Parmi les concepts étroitement associés à la démondialisation figure celui de ramener les emplois au pays, une initiative qui a reçu un appui de taille lorsque le président américain Joe Biden a signé deux décrets présidentiels – un sur la durabilité de la chaîne d’approvisionnement et un autre sur les emplois – peu après son entrée en fonction, en 2021.

Ramener des emplois aux États-Unis
Graphique montrant que plus de 1 800 sociétés prévoyaient rapatrier leur production ou investir aux États-Unis en 2021. Graphique montrant que le nombre d’emplois susceptibles d’être créés par les projets de rapatriement en 2021 devrait dépasser 220 000.
Source : Reshoring Initiative, Barron’s, 22 septembre 2021.

Selon un rapport largement cité, les États-Unis étaient en voie de créer près de 140 000 emplois en 2021 simplement en rapatriant certaines activités de production. Des efforts connexes déployés dans le but d’attirer des investissements dans le pays ont permis d’en ajouter environ 86 000 autres au total. Tout porte à croire que cette tendance se poursuivra. En effet, un sondage mené l’an dernier auprès de dirigeants du secteur manufacturier américain a révélé qu’un quart d’entre eux prévoyaient ramener une partie de leur production aux États-Unis, en plus des activités de rapatriement qui ont eu lieu au cours des trois années précédentes.

Cependant, il faut garder à l’esprit que les salaires de ces emplois nouvellement créés aux États-Unis seront probablement plus élevés que ceux qui étaient versés à l’étranger, ce qui accentuera la pression sur les charges salariales, pression qui pourrait avoir des effets inflationnistes. Mais, à notre avis, la vraie question est de savoir si ces nouveaux postes pourront être pourvus.

Cela dit, le retour des emplois et des investissements devrait être perçu favorablement pour l’économie américaine; cependant, il met en évidence un problème que nous avons évoqué plus haut, soit le décalage entre le nombre d’emplois disponibles sur le marché et le nombre de personnes qui cherchent activement un emploi. Des recherches ont démontré que la prochaine génération de travailleurs américains, les « zoomers » (personnes nées entre 1997 et 2012), n’est pas du tout attirée par le travail manufacturier de première ligne, car elle considère ces postes comme des emplois peu spécialisés et potentiellement mal payés. Par conséquent, il y a lieu de se demander si le rapatriement des emplois creusera davantage l’écart entre l’offre et la demande de main-d’œuvre.

4 Comprendre le décalage entre les employeurs et les demandeurs d’emploi

Nombreux sont ceux qui disent que le fameux manque de compétences (l’écart entre les compétences que possèdent les demandeurs d’emploi et celles dont ils ont véritablement besoin pour accomplir efficacement leur travail) est l’une des principales causes de la pénurie de main-d’œuvre actuelle. Là encore, on ne pourrait jeter le blâme sur la pandémie, car ce problème ne date pas d’hier.

En 2016, une étude a révélé que 92 % des employeurs américains estimaient que les travailleurs américains n’étaient pas aussi qualifiés qu’ils devraient l’être. Le même constat a été dressé dans un récent sondage : une petite entreprise sur quatre a indiqué que la qualité de la main-d’œuvre était son principal problème. Cela dit, il est juste de dire que la pandémie de COVID-19 a aussi influé considérablement sur les types de compétences requises pour occuper les emplois disponibles.

« Les employeurs, surtout les grandes sociétés, recourent de plus en plus à la technologie pour recruter les meilleurs talents. »

Cerner les asymétries : compétences, emplacement géographique et préférences

La pandémie a fait exploser la demande de professionnels de la santé et, dans tous les coins du pays, les hôpitaux peinent à trouver des infirmières pour pourvoir les postes vacants, mais ces emplois spécialisés nécessitent des mois, voire des années de formation. De même, l’adoption du magasinage en ligne a entraîné une forte demande de chauffeurs de camion, mais ce travail implique un mode de vie qui n’attire pas nécessairement beaucoup de gens. Voilà un exemple parfait du décalage qui peut exister entre les postes vacants et le type de poste que les demandeurs d’emploi veulent obtenir. Évidemment, l’emplacement géographique fait aussi partie de la problématique : les postes vacants ne sont pas forcément là où se trouvent les demandeurs d’emploi. Il s’agit là encore d’une situation plus complexe qu’un simple compromis entre les salaires et les loisirs ne peut régler.

Peaufiner le processus d’embauche automatisé

Les employeurs, surtout les grandes sociétés, recourent de plus en plus à la technologie pour recruter les meilleurs talents. C’est logique, étant donné qu’une offre d’emploi attire habituellement en moyenne 250 candidatures environ; cependant, on craint de plus en plus que les processus d’embauche automatisés nuisent plutôt à l’efficacité de l’embauche.

Une étude réalisée par la Harvard Business School a permis de faire cette mise en garde : les logiciels d’analyse automatisée des curriculum vitæ pourraient entraîner le rejet de millions de candidats parfaitement qualifiés en raison de l’utilisation de critères de sélection trop simplistes. Les critiques ont également porté sur les entrevues vidéo asynchrones dans le cadre desquelles les réponses des candidats à une série prédéterminée de questions sont enregistrées au moyen d’un processus automatisé; les candidats ont trouvé ces expériences impersonnelles, déconcertantes et épuisantes. Ces expériences négatives peuvent démotiver les demandeurs d’emploi et les dissuader de poursuivre leur recherche.

Les problèmes potentiels liés au processus d’embauche assisté par la technologie ne s’arrêtent pas là. Le conseil municipal de New York a récemment adopté un projet de loi visant à lutter contre l’embauche assistée par l’intelligence artificielle en raison des préoccupations croissantes concernant les préjugés dissimulés dans ces programmes. Le problème n’est pas nécessairement nouveau, mais comme cette technologie est de plus en plus utilisée, une surveillance accrue s’impose.

5 L’évolution des travailleurs à la demande (« gig workers »)

Il est difficile de quantifier le nombre de travailleurs à la demande aux États-Unis en raison de la souplesse de ce type d’emploi et de sa nature souvent temporaire. Cela dit, les récentes données disponibles de la Réserve fédérale américaine corroborent les résultats des principales études et indiquent qu’au moins un adulte sur quatre consacre quelques heures par mois à un travail à la demande et que, de ce nombre, près d’une personne sur dix est un travailleur à la demande à temps plein.

Combien de travailleurs l’économie à la demande compte-t-elle?
Graphique montrant que plus d’une personne sur quatre a participé d’une quelconque façon au travail à la demande, et qu’une personne sur dix environ est un travailleur à la demande à temps plein aux États-Unis, selon les données publiées par la Réserve fédérale américaine en mai 2021.
Source : Réserve fédérale des États-Unis, mai 2021.

La pandémie a mis en évidence la vulnérabilité de cette partie importante de l’économie, qui est principalement composée de travailleurs appartenant à un groupe à faible revenu. L’ironie dans tout ça, c’est que même si les nombreux travailleurs à la demande qui livrent des aliments aux consommateurs et des fournitures importantes aux hôpitaux pendant les périodes de confinement ont été reconnus à juste titre comme des travailleurs essentiels de première ligne, ils demeurent les plus susceptibles d’être relégués aux oubliettes lorsque la demande diminuera – une expérience vécue par bon nombre de leurs pairs qui ont travaillé dans le secteur des services. Cette situation est en grande partie le sujet d’un débat en cours, à savoir la façon dont ces travailleurs devraient être considérés : sont-ils des entrepreneurs indépendants ou des employés?

Les pressions exercées dans le but de protéger le droit des travailleurs à la demande d’être considérés comme des employés et, par conséquent, d’avoir accès à des avantages sociaux comme les soins de santé, les congés de maladie et de meilleurs salaires s’accentuent à l’échelle locale, étatique et fédérale. Les décideurs se retrouvent alors confrontés aux nombreux éléments perturbateurs liés aux applications (et, dans certains cas, aux électeurs), qui sont devenus depuis des titans du secteur.

Il est probable que l’expérience de la Californie concernant la Proposition 22 se répétera cette année dans l’ensemble du pays compte tenu des enjeux en cause. Les sociétés axées sur le travail à la demande tiennent à montrer aux investisseurs que leur modèle d’affaires est viable, tandis que les décideurs doivent veiller à ce que les travailleurs soient traités et rémunérés équitablement. L’évolution de la situation pourrait avoir une grande incidence sur les marchés des capitaux et l’économie américaine.

Les pressions exercées dans le but de protéger le droit des travailleurs à la demande d’être considérés comme des employés s’accentuent à l’échelle locale, étatique et fédérale.

L’évolution de l'économie à la demande pose un autre type de défi aux économistes. Malgré son importance croissante pour l’ensemble de l’économie, les données traditionnelles sur l’emploi ne tiennent pas pleinement compte de la valeur du travail à la demande. La Federal Reserve Bank of Boston a publié en 2016 un article intéressant indiquant que le taux d’emploi et le taux de participation à la population active aux États-Unis en 2015 auraient été plus élevés si tous les travailleurs informels avaient été considérés comme des employés. D’une certaine façon, les répercussions sur les données économiques clés, comme la productivité et la croissance du PIB, pourraient aussi être importantes. Peut-être pourrait-on dire que l’économie à la demande constitue l’une des plus grandes inconnues connues en ce qui concerne les paramètres qui peuvent être utilisés pour évaluer la croissance économique.

Avoir une vue d’ensemble

Bien qu’il puisse être très tentant d’attribuer les événements survenus récemment sur le marché du travail à la pandémie de COVID-19, il faut absolument se rappeler qu’une grande partie de ces événements avaient commencé à se produire avant la pandémie. La majorité des phénomènes que nous observons sont de nature structurelle et, dans la plupart des cas, ils se préparent depuis des décennies. L’attitude de la société à l’égard du travail est en train de changer.

Ce changement est loin de porter seulement sur la façon de travailler et le lieu de travail; il ne se limite pas non plus à notre mode de pensée traditionnel en ce qui concerne le choix des travailleurs quant au lieu de travail et à la façon de travailler. Ce changement survient dans un contexte où nous comptons de plus en plus sur la technologie pour accomplir des tâches qui étaient auparavant exécutées par des humains, comme le recrutement. Il s’agit là d’une combinaison puissante qui, selon nous, aura une forte incidence sur la productivité et la croissance, des éléments que nous avons de plus en plus de difficulté à mesurer du fait que nos outils sont peut-être sur le point d’être dépassés.

À ce stade-ci, il est encore plus important de faire preuve d’un esprit critique et de continuer à remettre en question les conventions – c’est la seule façon de parvenir à mieux comprendre le changement et de voir la situation dans son ensemble.

US Bureau of Labor Statistics, au 1er février 2022.

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Frances Donald

Frances Donald, 

Économiste en chef, Monde et stratège, Équipe Solutions multiactifs

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Alex Grassino, 

Chef, Stratégie macroéconomique, Amérique du Nord, équipe Solutions multiactifs

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Erica Camilleri, 

Analyste de macroeconomie globale, équipe Solutions multiactifs

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