Lutter contre l’inflation avec la durée des actions : trois données fondamentales à rechercher

Chaque mois livre son lot de nouvelles sur les effets de la montée des prix sur nos porte-monnaie, comme le taux d’inflation de 8,1% % en juin au Canada ou le taux de 9,1% aux États-Unis. Toutefois, l’inflation porte également préjudice aux investisseurs, à leurs portefeuilles et à leurs plans de retraite. Alors, que peuvent-ils faire pour remédier à la situation?

La menace de la montée de l’inflation et sa conséquence, les hausses des taux d’intérêt ont fait dégringoler les marchés en territoire baissier. Même si nous sommes d’avis que l’inflation de base devrait s’assouplir dans la seconde moitié de l’année, les investisseurs vont vraisemblablement être exposés à une nouvelle réalité d’inflation à long terme légèrement supérieure aux 2 % environ que nous constations depuis les dernières décennies. Si ce scénario se confirme, les investisseurs devront se demander comment protéger leur portefeuille. Notre réponse à cette question commence par la durée des actions.

La durée des actions, qu’est-ce que c’est?

Les investisseurs obligataires le savent bien : la durée est une mesure de la moyenne pondérée de chaque flux de trésorerie devant être reçu au cours de la vie de l’obligation. Plus la durée est faible, plus tôt l’investissement est théoriquement remboursé à l’investisseur. Il s’agit également d’une mesure de la sensibilité du prix de l’obligation aux changements des taux d’intérêt : plus la durée est importante, plus le prix de l’obligation fluctue avec les taux d’intérêt.

Cette même logique s’applique aux actions. La durée des actions peut être vue comme une mesure de la durée pendant laquelle un investisseur doit recevoir des dividendes afin d’être remboursé du prix d’achat d’une action. Comme les flux de trésorerie sont pondérés par leur valeur actuelle, la durée des actions (à l’instar de la durée des obligations) peut aussi constituer une mesure de la sensibilité du prix de l’action aux changements des taux d’intérêt.1 La durée des actions permet de comprendre comment investir dans un contexte d’inflation.

 

Anti-inflation : trois données fondamentales clés

Pourquoi la gestion de la durée des actions est-elle importante dans un contexte d’inflation? Tout d’abord, se tourner vers les actions à durées plus faibles pourrait faire partie d’une stratégie visant à minimiser la volatilité globale de votre portefeuille, selon les recherches qui suggèrent que les actions à durée plus faible ont tendance à être moins volatiles que celles à plus longue durée. En outre, la montée de l’inflation s’accompagne d’une hausse des taux d’intérêt. Dans un contexte d’augmentation continue des taux, les actions à faible durée devraient, par définition, surclasser les performances des actions à longue durée (toutes choses égales par ailleurs).

Sachant que la faible durée peut être essentielle pour lutter contre le contexte d’inflation et de hausse des taux, quelles sont les caractéristiques que vous devez rechercher dans les actions à faible durée? Nous pensons que les actions anti-inflation possèdent trois caractéristiques clés.

Dividendes élevés et croissants

Une manière d’abaisser la durée des actions, et ainsi de lutter contre l’inflation, est de cibler les sociétés qui versent des dividendes. La raison réside en partie dans le raisonnement simple qui veut qu’un tiens vaut mieux que deux tu l’auras. Dans un monde où le pouvoir d’achat s’effrite rapidement, disposer de dividendes dans un portefeuille élimine l’incertitude liée à l’attente de dividendes dans un futur lointain. Les dividendes représentent aussi une source importante de rendement total, en effet ils constituent environ la moitié du rendement total de l’indice S&P 500 sur plus d’un siècle. 

Les dividendes sont une composante importante du rendement total

Sources du rendement total annualisé de l'indice S&P 500, par décennie

Diagramme à barres des sources de rendement du S&P 500 réparties entre le rendement du prix et le rendement des dividendes par décennie. Il montre que les dividendes sont une source importante du rendement global.

Source : Calculs de Gestion d'investissement Manuvie à partir de la Robert Schiller Data Library pour 1909 à 1989 et de Bloomberg pour 1989 au 31 décembre 2019. Il n'est pas possible d'investir dans l'indice. Les rendements passés ne sont pas garants des rendements futurs.

Pour trouver des entreprises de qualité qui versent des dividendes et qui peuvent vous aider à réduire votre profil de durée, il ne faut pas s’arrêter au taux de rendement des actions. Il est essentiel de creuser pour trouver des entreprises qui génèrent un flux de trésorerie robuste, au lieu de se contenter de regarder les mesures des bénéfices ou des bénéfices avant intérêts, impôts et amortissements (BAIIA), qui peuvent être manipulés. Vous ne pouvez compter que sur les entreprises générant des flux de trésorerie dans le monde réel pour distribuer ces fonds sous forme de dividendes. N’oubliez pas qu’il y a aussi une différence entre les flux de trésorerie et dividendes élevés, et les flux de trésorerie et dividendes croissants. Il est évidemment appréciable d’avoir des dividendes élevés, mais pour les investisseurs à long terme, nous préférons une approche axée sur les entreprises dont les flux de trésorerie et dividendes sont croissants; la capacité à augmenter régulièrement les flux de trésorerie et à les distribuer sous forme de dividendes sur de longues périodes témoigne de la capacité de ces sociétés à résister aux périodes de turbulences économiques et à procurer de la valeur aux investisseurs. En effet, il n’est pas surprenant que pendant les périodes d’inflation, l’indice S&P 500 Dividend Aristocrats surclasse les performances de l’indice plus général S&P 500.

Les actions à dividendes de haute qualité ont surperformé en période d'inflation

Rendement sur 1 an en période d'inflation depuis 1990

Diagramme à barres du rendement à terme sur un an de l'indice S&P 500 et de l'indice S&P 500 Aristocrates de dividendes pendant les périodes d'inflation depuis 1990. Les aristocrates de dividendes ont surperformé dans chaque période d'inflation étudiée.

Source : Bloomberg, Gestion d'investissement Manuvie, Marchés des capitaux et Stratégie, au 30 avril 2022. Les indices ne sont pas gérés et ne peuvent pas être achetés directement par les investisseurs. Le rendement passé n'est pas indicatif des résultats futurs. Performance en dollar américain.

Rendement élevé des capitaux propres

Ensuite, le rendement des capitaux propres (RCP) peut être un excellent outil pour qualifier une société dont la durée des actions est faible. Le RCP est un bon indicateur de la puissance de génération d’argent d’une société. En comparant les trois piliers de la gestion de la société (rentabilité, gestion d’actifs et levier financier ou dette), le RCP en dit long aux investisseurs sur l’efficacité de l’équipe de direction d’une entreprise et sa robustesse globale.

Un fort rendement des capitaux propres est un bon indicateur de l’utilisation efficace par une société du capital de ses actionnaires, ce qui en fait une entreprise de qualité et susceptible d’avoir la capacité à continuer à générer des flux de trésorerie. C’est un point important, car il s’agit d’un signe que l’entreprise est capable de s’autofinancer, et donc moins susceptible de devoir recourir au marché pour lever des capitaux propres ou d’emprunt, chose particulièrement coûteuse dans un contexte de hausse des taux et de marchés boursiers baissiers.

En bref, une entreprise capable de transformer efficacement son capital en revenus et en bénéfices est une société susceptible d’avoir un meilleur profil de rentabilité, des flux de trésorerie plus élevés et une durée globale plus faible.

Multiples cours/bénéfice faibles

Enfin, les multiples cours/bénéfice (C/B) sont une des données fondamentales clés à surveiller pendant la conjoncture. Avec la Banque du Canada et la Réserve fédérale américaine (sans parler des autres banques centrales dans le monde) qui augmentent les taux d’intérêts pour combattre l’inflation, entre autres mesures, les conditions financières se durcissent. Cela n’augure rien de bon pour les actions avec des multiples C/B élevés.

Pourquoi? Logiquement, les actions dont les multiples C/B sont élevés (c’est à dire, des actions axées sur la croissance) sont généralement moins rentables et moins positives en termes de flux de trésorerie que les actions dont les multiples C/B sont plus faibles (actions axées sur la valeur). En d’autres termes, les flux de trésorerie et donc les dividendes sont plus susceptibles d’être orientés vers les investisseurs à une date plus lointaine dans le futur que les actions dont le multiple C/B est faible, et par conséquent d’augmenter la durée des actions. De plus, les noms de croissance s’appuient plus sur le financement par emprunt et avec l’augmentation des taux, les emprunts deviendront de plus en plus chers pour ces entreprises.

La relation entre le C/B et la hausse des taux est également visible si l’on s’intéresse au passé. Les dernières décennies nous ont montré que lorsque les conditions financières se durcissent (par exemple, lorsque les taux d'intérêt augmentent), les ratios cours-bénéfice se contractent. Cela se manifeste plus particulièrement lorsque les conditions se durcissent rapidement, comme nous l'avons vu ces derniers mois. L’indice national des conditions financières de la Réserve fédérale de Chicago a rebondi depuis sa baisse de juin 2021 et a atteint –0,15 en juillet 2022, ce qui indique que les conditions financières se sont resserrées.2 Au cours de la même période, les multiples C/B prévisionnels du S&P 500 se sont contractés de 21,4 à 15,8. Si l’on s’appuie sur le passé et si les taux continuent de grimper comme le marché s’y attend, les actions dont les multiples C/B sont élevés pourraient connaître des difficultés.

Lorsque les conditions financières se resserrent, les ratios cours-bénéfice se contractent

Ratio cours-bénéfice prévisionnel du S&P 500 par rapport aux conditions financières

Graphique linéaire du multiple C/B à terme du S&P 500 par rapport à l'indice des conditions financières nationales de la Fed de Chicago. Il montre que lorsque les conditions financières se resserrent, les C/B se contractent.

Source : Macrobond, Federal Reserve Bank of Chicago, Gestion des placements Manuvie, en date du 27 juillet 2022. Des valeurs positives de l'indice National Financial Conditions indiquent des conditions financières plus strictes que la moyenne ; des valeurs négatives indiquent des conditions financières plus souples que la moyenne.

Trois outils pour lutter contre l’inflation

Lutter contre les effets dévastateurs de l’inflation sur les portefeuilles n’est pas une tâche aisée, et il n’existe pas de solution unique. Toutefois, en ciblant les sociétés qui versent des dividendes et les font augmenter, qui utilisent leur capital efficacement et qui ont des multiples cours/bénéfice plus faibles, nous sommes convaincus que les investisseurs peuvent créer des portefeuilles capables de résister aux turbulences du marché et au contexte d’inflation.

 

 

 

1 Les concepts de durée des actions et de durée des obligations sont semblables, malgré l’absence de formule généralement acceptée pour calculer la durée des actions et l’incertitude du paiement des dividendes contrairement aux paiements des coupons des obligations, ce qui explique l’absence de consensus sur la manière de calculer la durée des actions. 2 Pour l’indice national des conditions financières, les valeurs inférieures à 0 indiquent des conditions financières plus souples que la moyenne, tandis que les valeurs supérieures à 0 indiquent des conditions financières plus resserrées que la moyenne. Un nombre plus élevé indique donc des conditions financières qui se resserrent.

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Robert Wernic

Robert Wernic, 

Directeur FNB

Gestion de placements Manuvie

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