Le crédit opportuniste dans un marché en pleine évolution : comment les déséquilibres structurels et les inefficiences du marché peuvent créer des opportunités pour les gestionnaires actifs
Le crédit opportuniste prend de l’importance, alors que la hausse des taux d’intérêt, l’incertitude et le resserrement des conditions de financement pèsent de plus en plus sur les bilans des entreprises du marché intermédiaire. Le refinancement des échéances et l’allongement des périodes de détention des participations augmentent les besoins en financements plus complexes et sur mesure, créant ainsi des opportunités intéressantes pour les gestionnaires actifs dotés d’une expertise en matière de restructuration et de structuration de crédit.
La complexité stimule la demande de capitaux flexibles
En règle générale, le crédit opportuniste est particulièrement efficace dans les environnements où la complexité limite l’accès au financement traditionnel. Aujourd’hui, cette complexité est alimentée par une convergence de pressions exercées sur les entreprises, notamment sur le marché intermédiaire.
Bien que les stratégies de crédit opportuniste ne reposent pas nécessairement sur des périodes de perturbation, le contexte actuel — marqué par la hausse des taux d’intérêt, des pressions persistantes sur les coûts, une incertitude macroéconomique accrue et des marchés des capitaux plus sélectifs — a entraîné une augmentation tant de la fréquence que de l’ampleur des situations nécessitant des solutions de financement flexibles et adaptées.
De nombreuses entreprises font face à plusieurs défis, notamment des coûts élevés de service de la dette, une pression accrue sur les marges, des perturbations du commerce et une volatilité des bénéfices. Par conséquent, un nombre croissant d’entre elles présentent des structures de capital qui ne sont plus alignées avec leur performance financière actuelle.
Face à ces situations, les prêteurs traditionnels et les bailleurs de fonds propres sont souvent moins disposés ou moins en mesure d’apporter des capitaux supplémentaires, créant ainsi un déficit qui nécessite des solutions de financement sur mesure et adaptées.
Dans ce contexte, plusieurs dynamiques structurelles influencent les opportunités de crédit opportuniste.
Pressions sur la structure du capital
Une part importante des sociétés du marché intermédiaire affiche des résultats inférieurs aux attentes établies lors de la souscription initiale, ce qui se traduit par un levier financier plus élevé et une flexibilité financière réduite. Sans être nécessairement en situation de détresse financière, ces entreprises ont souvent besoin de solutions proactives de gestion du bilan afin de stabiliser leurs activités, de financer leurs initiatives de croissance et de réajuster leur structure du capital en prévision de périodes de détention plus longues que prévu.
L’utilisation croissante des mécanismes de paiement en nature est un indicateur de l’aggravation des tensions. Ces mécanismes permettent aux emprunteurs de préserver leur liquidité à court terme en payant les intérêts sous forme de dette supplémentaire, qui s’ajoute au capital du prêt, plutôt qu’en espèces, le remboursement étant reporté jusqu’à l’échéance. L’augmentation du recours à ces mécanismes, qui est passée de 7 % des opérations de crédit privé au quatrième trimestre 2021 à 11 % au quatrième trimestre 2025, suggère que, dans de nombreux cas, les structures de capital sont prolongées plutôt que remaniées en profondeur.
Il convient de souligner que tous les paiements en nature ne présentent pas la même qualité. Les « bons » paiements en nature sont généralement intégrés dès l’origine à la structure de la transaction. À l’inverse, les paiements en nature, considérés comme de moindre qualité, sont introduits ultérieurement, à titre d’ajustement, souvent par modification des modalités d’un prêt lorsque l’emprunteur fait face à des contraintes de liquidité. Autrement dit, ces paiements en nature de moindre qualité n’étaient pas censés en être au départ. La proportion des opérations de crédit privé comportant ce type de paiement est passée de 2,5 % au quatrième trimestre de 2021 à 6,4 % au quatrième trimestre de 2025¹.
La progression du recours aux paiements en nature, en particulier aux structures de paiement en nature considérées comme de moindre qualité, dont le marché est estimé à 29 milliards de dollars, laisse entrevoir une augmentation marquée des opportunités pour les investisseurs en crédit opportuniste. Grâce à des mandats d’investissement flexibles, à une expertise en restructuration et à une solide capacité d’exécution, les gestionnaires sont en mesure de déployer des capitaux mieux adaptés aux besoins actuels des entreprises, offrant ainsi des conditions financières potentiellement plus avantageuses, une meilleure protection et un contrôle accru.
Investissements en crédit privé avec les paiements en nature de moindre qualité (en milliards de dollars)
Une vague de refinancement à l’horizon
De nombreuses entreprises sont aujourd’hui confrontées à un environnement opérationnel et financier différent de celui dans lequel leur dette a été initialement contractée.
La période 2021-2022 a marqué un pic d’activité dans le domaine du capital-investissement, caractérisé par des prix d’achat élevés et une utilisation accrue de l’effet de levier. Un volume important de dettes contractées durant cette période arrive désormais à échéance, dont la majeure partie est due entre 2027 et 2029. Compte tenu du niveau d’endettement de bon nombre de ces prêts, il est peu probable qu’une grande partie de cette dette puisse être facilement refinancée au moyen de solutions traditionnelles de prêt direct.
Le graphique ci-dessous illustre le volume des prêts privés arrivant à échéance au cours des trois prochaines années. Cette situation engendre un nombre croissant de besoins complexes en matière de refinancement, notamment des opérations de modification et de prolongation, des injections de capitaux supplémentaires, des opérations de gestion de la dette et des recapitalisations structurées. Ces scénarios sortent souvent du cadre des prêts traditionnels, mais se prêtent particulièrement bien à des stratégies de crédit opportunistes, capables de couvrir le risque de baisse et de fournir des solutions de financement créatives et sur mesure.
Échéances à court terme du crédit privé
Pressions sur les portefeuilles de capital-investissement et prolongation des périodes de détention
La pression sur les valorisations des sociétés fermées a freiné les activités de sortie et prolongé les périodes de détention des sociétés soutenues par du capital-investissement. Les actifs acquis à des valorisations élevées ne peuvent pas toujours être cédés à des prix comparables, ce qui retarde la réalisation des rendements.
L’écart observé à l’échelle du secteur entre 2021 et 2025 est illustré dans le graphique ci-dessous. Au cours de cette période, la durée moyenne de détention des participations en capital-investissement est passée de 5,3 à 6,4 ans². Bien que l’allongement des périodes de détention puisse constituer une réponse logique, il s’accompagne d’un besoin soutenu en capitaux pour financer les initiatives de croissance, les acquisitions et les améliorations opérationnelles.
Les partenaires financiers doivent donc trouver un juste équilibre entre le soutien apporté aux sociétés en portefeuille et la gestion des objectifs de liquidité et de rendement du fonds. Dans ce contexte, une place s’impose naturellement pour le crédit opportuniste, qui peut offrir des solutions de financement structurées visant à accroître la flexibilité, à soutenir la création de valeur et à accompagner les entreprises vers un environnement de sortie plus favorable, tout en procurant aux investisseurs une protection contre le risque de baisse ainsi qu’une participation ciblée à la hausse.
Multiples de détention par rapport aux prix d'équilibre du marché
Un besoin persistant de capitaux propres pour financer des solutions complexes.
Au-delà des facteurs liés à la conjoncture économique, un vecteur d’opportunités plus durable réside dans le besoin constant de bailleurs de fonds capables de gérer des situations complexes et atypiques. Beaucoup des investissements les plus intéressants ne se produisent pas dans des situations de difficultés financières, mais concernent des entreprises à un tournant de leur cycle de vie, pour lesquelles les besoins en capitaux propres ne s’inscrivent pas clairement dans les cadres traditionnels, comme la dette ou les capitaux propres.
Ces situations peuvent impliquer des structures de capital à plusieurs niveaux, des intérêts contradictoires entre les parties prenantes, des contraintes liées à des clauses restrictives ou encore des transitions stratégiques telles que des acquisitions, des scissions ou des initiatives de restructuration. Pour relever ces défis, il faut des investisseurs capables d'évaluer à la fois le risque de crédit et la valeur de l’entreprise, tout en élaborant des solutions conciliant protection, flexibilité et alignement.
Les stratégies de crédit opportunistes sont conçues pour remplir ce rôle. En combinant des éléments de dette et de capitaux propres au moyen d’instruments financiers privilégiés, de structures convertibles ou de tranches sur mesure, les investisseurs peuvent adapter le capital aux besoins spécifiques de chaque situation. L’accent est mis non seulement sur l’apport de capitaux, mais aussi sur leur structuration afin de soutenir la valeur à long terme tout en conservant de solides garanties contractuelles.
Les opportunités de crédit opportuniste s'étendent au-delà du présent cycle
Le présent contexte met en évidence l’intérêt du crédit opportuniste, sans toutefois en préciser la nature. Si les conditions du marché ont accru le nombre d’opportunités, les facteurs sous-jacents, à savoir la complexité, les contraintes de capital et le besoin de solutions flexibles, sont structurels et durables.
Pour les investisseurs, cela se traduit par un vaste éventail d’opportunités en constante évolution, allant de l’optimisation du bilan au financement de la croissance, en passant par le repositionnement stratégique. La capacité à gérer ces situations de manière sélective et à structurer le capital en conséquence demeure essentielle pour obtenir de bons résultats.
1 Base de données exclusive sur les marchés privés de VOG, incluant l’apport d’un fournisseur externe pour l’évaluation du MCCP, en date du 31 décembre 2025. 2 Sources : PitchBook, Preqin et Hamilton Lane, données au 31 octobre 2025.
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Renseignements importants
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