Pourquoi la Banque du Canada a-t-elle décidé de ne pas relever ses taux en janvier?

La Banque du Canada a laissé son taux directeur inchangé à 0,25 % lors de sa réunion du 26 janvier. La décision de la banque centrale a défié les attentes du marché et a pris de nombreux investisseurs au dépourvu.

Bien que la Banque du Canada (BdC) ait choisi de laisser son taux directeur inchangé, la déclaration du gouverneur de la BdC, Tiff Macklem, était loin d'être d’un ton conciliant. Tous les signes indiquent que la banque centrale a l'intention de relever les taux prochainement, probablement en mars et à plusieurs reprises par la suite. Du moins, cela semble être leur intention actuelle.

Les principales citations de la conférence de presse du gouverneur Macklem, qui semblaient viser à communiquer de multiples hausses à venir, sont les suivantes :

« Tout le monde doit s’attendre à ce que les taux d’intérêt suivent une trajectoire à la hausse. »

« Nous avons été très clairs sur le fait que nous annonçons un changement de cap important pour la politique monétaire et de s’attendre à une trajectoire à la hausse des taux. La période de la politique d'urgence est révolue. »

« Quand nous parlons d’une "trajectoire", ce ne sera pas une seule hausse, mais plusieurs. »

La Banque du Canada a également mis à jour ses perspectives, qui sont favorables à de nouvelles hausses des taux d'intérêt. Fait important, le PIB a été révisé à la hausse, passant de 3,7 % à 4 % pour 2022 et de 3,3 % à 3,5 % en 2023. L'inflation a également été revue à la hausse, à 4,2 % pour 2022 et 2,3 % pour 2023. Ces deux chiffres sont cohérents avec les hausses de taux à venir.

Dernières perspectives économiques de la Banque du Canada
 

2022

2023

Croissance du PIB 4,0 % 3,5 %
Inflation 4,2 % 2,3 %
Source: Banque du Canada, 26 janvier 2022.

Donc, pourquoi ne pas monter les taux?

Bien que les commentaires suggérant que la BoC a flanché à la dernière minute ne manquent pas, nous pensons qu'il existe des raisons valables pour lesquelles la banque a décidé de ne pas appuyer sur la gâchette cette fois-ci.

La raison technique de ne pas hausser les taux est que la BoC a toujours indiqué dans ses déclarations de politique monétaire (depuis le début de la crise) qu'elle était « déterminée à maintenir le taux d'intérêt directeur à sa valeur plancher jusqu'à ce que les capacités excédentaires de l’économie se soient résorbées, de sorte que la cible d’inflation de 2 % soit atteinte de manière durable ».  D’ailleurs, la banque centrale n'a pas indiqué à l'époque que les capacités excédentaires avaient été entièrement résorbées.

Cette phrase a depuis été retirée de la déclaration de janvier et remplacée par le texte suivant : « un large éventail de mesures semble désormais indiquer que les capacités excédentaires se sont résorbées ». Si la BdC avait augmenté les taux en janvier, cela aurait nui à la crédibilité de son outil d'indications prospectives, un élément clé de son coffre à outils de politique monétaire. À notre avis, le report de cinq semaines de la hausse des taux ne devrait pas avoir d'incidence particulière sur l'économie canadienne ou l'inflation, mais il permet de préserver la crédibilité de la BdC.

« Bien que les commentaires suggérant que la BoC a flanché à la dernière minute ne manquent pas, nous pensons qu'il existe des raisons valables pour lesquelles la banque a décidé de ne pas appuyer sur la gâchette cette fois-ci. »

Un argument plus subjectif, mais également plausible, serait que le variant Omicron et les mesures de santé publique mises en place ont paralysé un segment important de l'économie canadienne en janvier, ce qui a créé une grande incertitude. Bien qu'il semble que la banque centrale ait jugé que le variant n'aura qu'un effet temporaire sur la croissance, nous ne le saurons que lorsque les données économiques seront disponibles. D'ici la réunion de mars, nous aurons une bien meilleure idée de la croissance au premier trimestre et nous saurons si Omicron n'est effectivement qu'un facteur temporaire.

Combien de hausses de taux, et quand?

Le marché s’attend désormais à cinq ou six hausses de la Banque du Canada en 20221. En termes pratiques, cela signifierait une hausse à chaque réunion de la BoC, à l'exception d'une réunion, vraisemblablement en été, au cours de laquelle un nouveau resserrement du bilan serait annoncé. Les marchés s'attendent à ce que la BoC soit plus agressive que la Réserve fédérale américaine (quatre à cinq hausses), où l'inflation est, en fait, plus élevée qu'au Canada.

« Le contexte macroéconomique mondial devrait également rendre plus difficile la hausse des taux, malgré le désir de normaliser la politique. »

Notre vue actuelle, qui est assez éloigné du consensus, est que la Banque du Canada ne pourra relever ses taux que deux fois cette année, car la croissance et l'inflation devraient ralentir sensiblement au cours des prochains mois. Le contexte macroéconomique mondial devrait également rendre plus difficile la hausse des taux, malgré le désir de normaliser la politique. Le risque pour nous est que la BdC reste ferme et choisisse de normaliser sa politique quoi qu'il arrive, en se concentrant implicitement sur l'atténuation du secteur du logement et en abandonnant les niveaux extraordinaires de soutien maintenant que l'économie n'est plus en crise. Dans ce cas, de nouvelles hausses de taux sont effectivement possibles. Cependant, cela nécessiterait un profil de croissance plus faible et une révision à la baisse de nos propres prévisions pour le PIB.

Il est important de noter que, selon nous, la réévaluation du marché s’est fait rapidement. C’est-à-dire, qu’à ce stade, il est difficile de voir comment les marchés pourraient être réévalués en fonction d’encore plus de hausses de taux. Donc, nous pensons que les risques liés à une réévaluation du marché sont en baisse.

Notre position sur la Banque du Canada

Nous maintenons que la BdC a une influence limitée sur les niveaux actuels d'inflation, à l'exception du marché immobilier; pourtant, le marché immobilier n'est pas le principal facteur des niveaux d'inflation élevés au Canada. La politique monétaire n'a pratiquement aucune influence sur les facteurs d'approvisionnement, comme les ports, les camionneurs, la météo, les politiques commerciales mondiales et les politiques « zéro COVID ». Bien que des taux plus élevés puissent freiner la demande, il convient de noter que même l'élément de la demande, qui met une pression à la hausse sur les prix, est de nature mondiale. Lorsque le gouverneur Macklem affirme que la BdC « peut et va » contrôler le coût de la vie, nous pensons qu'il se trompe; la politique monétaire ne peut pas être, et ne sera pas, la raison pour laquelle l'inflation diminuera plus tard cette année.

Nous avons également du mal à comprendre comment certains commentateurs peuvent s'attendre à ce que la BdC relève les taux cinq ou six fois cette année sans s'attendre à une baisse de la croissance. L'économie canadienne est très sensible aux mouvements des taux d'intérêt, probablement plus maintenant qu'au cours des dernières années, étant donné sa dépendance record au secteur du logement. À notre avis, l'économie canadienne ne peut tout simplement pas absorber confortablement cinq ou six hausses de taux cette année, et deux autres en 2023. C'est également ce que nous dit le marché obligataire, avec la courbe de rendement canadienne qui continue de s'aplatir rapidement.

1 Bloomberg, au 28 janvier 2022.

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Frances Donald

Frances Donald, 

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Alex Grassino

Alex Grassino, 

Chef, Stratégie macroéconomique, Amérique du Nord, équipe Solutions multiactifs

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