Biodiversité: pourquoi les investisseurs doivent en tenir compte

Le présent article a été publié pour la première fois par Pictet Asset Management en octobre 2022.

Pendant trop longtemps, les entreprises et les investisseurs ont ignoré la menace que représente la perte de la biodiversité pour la prospérité et la croissance de l’humanité. Ils doivent à présent s’engager à réparer la nature et replacer l’économie sur une trajectoire plus durable.

  • Avant-propos
  • Trouver le prix de la nature : les services écosystémiques
  • Changements de politique et risques émergents pour les entreprises et les investisseurs
  • Financement de la biodiversité
  • Conclusion: concevoir un système financier respectueux de la nature
  • Annexe: Programme de recherche Finance to Revive Biodiversity (FinBio) de Mistra

Avant-propos

Ces 30 dernières années, l’humanité a vu sa prospérité s’améliorer davantage qu’au cours de tous les siècles précédents réunis.

Nous avons construit plus de routes, de bâtiments et de machines que jamais auparavant. Plus de personnes vivent plus longtemps et en meilleure santé, et l’accès à l’éducation n’a jamais été aussi facile. Depuis 1820, le PIB par habitant moyen a été multiplié par plus de 15. Plus de 95% des nouveau-nés atteignent aujourd’hui leur 15e anniversaire, contre seulement un sur trois au 19e siècle.¹

Toutefois, de tels progrès ont coûté cher. Pendant que l’humanité prospérait, la nature a souffert.

L’être humain favorise l’extinction des espèces animales et végétales et détruit leur habitat pour nourrir une population toujours plus nombreuse. Depuis quelques décennies, il consomme plus de ressources naturelles que la Terre ne peut en reconstituer naturellement en 12 mois et puise dans les réserves au détriment des générations futures.¹

Pour en finir avec ce mode de fonctionnement non durable, nous devons mieux comprendre l’impact de la biosphère sur le bien-être humain et sa contribution à la croissance économique. Aujourd’hui, les décideurs politiques considèrent la protection de la biodiversité comme une priorité absolue, tout comme l’arrêt du réchauffement climatique.

La COP15 des Nations Unies sur la biodiversité, organisée à Montréal en décembre, constituera le plus grand sommet de ces dix dernières années sur cette problématique et aura pour objectif de trouver un terrain d’entente sur des objectifs révolutionnaires de protection de la nature pour 2030.

Ces efforts ne doivent cependant pas se limiter au domaine politique. Le secteur financier doit lui aussi jouer un rôle plus actif. En tant que promoteur du capital mondial, il bénéficie d’une position unique pour participer à la construction d’une économie qui travaille avec la nature, et non pas contre elle.

Il peut faciliter une transition favorable à la nature, en transformant ses méthodes d’allocation de capitaux aux entreprises et en mettant au point de nouveaux modèles pour évaluer plus précisément les risques et les opportunités en matière de biodiversité.

Il convient de noter qu’en orientant les investissements vers les entreprises qui conçoivent des technologies et des services environnementaux de pointe, le secteur de la finance a contribué à renforcer l’efficacité dans tous les domaines, aussi bien la consommation d’énergie que l’agriculture ou le commerce et les transports.

Par exemple, grâce à l’essor de l’agritech, le monde peut produire près de trois fois plus de céréales sur une même surface donnée qu’en 1961.²

Le taux d’amélioration du rendement céréalier moyen a dépassé celui de la croissance démographique. Cependant, la majeure partie des investissements courants bénéficie à des activités économiques établies, qui provoquent, de façon aussi bien consciente que fortuite, des dommages environnementaux et sociaux.

Le secteur financier doit donc renforcer son rôle dans les efforts mondiaux pour réduire les dommages, tout en améliorant les capacités de récupération de la nature.

C’est pour toutes ces raisons que Pictet Asset Management fait partie des partenaires fondateurs d’un nouveau programme de recherche mondial sur quatre ans destiné à aider le secteur de la finance à élaborer des stratégies pour protéger le capital naturel et mettre fin à la perte de biodiversité.

Le programme Finance to Revive Biodiversity (FinBio), qui sera supervisé par le Stockholm Resilience Centre de l’Université de Stockholm, a pour objectif d’impulser les recherches indispensables pour aider le secteur financier à transformer les pratiques actuelles (qui récompensent la croissance au détriment de la biodiversité) et créer un nouveau modèle qui capture de façon précise la contribution positive des entreprises à la nature – et lui accorde une valeur économique.

Financé par la Fondation suédoise pour la recherche stratégique environnementale (Mistra), le programme ouvrira de nouveaux horizons en rassemblant un large éventail de chercheurs universitaires qui interagissent rarement, ainsi que des partenaires du secteur financier.

Le consortium s’est fixé des objectifs ambitieux. Sa première tâche consistera à traduire les données sur la biodiversité et le capital naturel en mesures que les gérants et propriétaires d’actifs pourront comprendre et utiliser.

Son deuxième objectif sera de créer un cadre financier pour faciliter la définition d’une nouvelle catégorie de titres alignés sur la nature, de capitaux à même d’être exploités pour atteindre des objectifs de biodiversité et construire une économie véritablement durable.

Le secteur financier (banques, gérants et détenteurs d’actifs) a trop longtemps ignoré la menace que représente la perte de biodiversité pour la prospérité et la croissance de l’humanité. Il doit maintenant prendre conscience du rôle crucial qu’il a à jouer dans la réparation de la biosphère et l’instauration d’une économie plus durable.

Trouver le prix de la nature: les services écosystémiques

En privilégiant le développement économique, l’humanité a causé des dommages considérables au monde naturel et à ses écosystèmes. Pourtant, une biosphère dégradée aura des répercussions directes sur la croissance et le bien-être humain au cours des prochaines décennies.

La nature et l’humanité en difficulté

Capital social mondial par habitant, 1992-2014

Graphique linéaire au fil du temps allant de 1992 à 2014, montrant les stocks de capital mondiaux par habitant. Le capital produit a augmenté de près de 100 % et de 25 à 30 % pour le capital humain, contre une perte d'environ 30 % pour le capital naturel.

Source: Managi et Kumar (2018) Remarque: Le capital produit désigne les routes, les ports, les câbles, les bâtiments, les machines, les équipements et autres infrastructures physiques. Le capital humain fait référence à l’éducation et à la longévité. Le capital naturel est calculé à partir de ressources renouvelables et non renouvelables, y compris les terres agricoles, les forêts comme sources de bois, la pêche, les minéraux et les carburants fossiles.

La prise en compte du rôle de la nature dans l’économie est devenue le principal défi de notre époque. Si nous parvenons à mieux comprendre la relation complexe entre le développement économique et le monde naturel et que nous finissons par trouver un moyen d’attribuer une valeur aux services écosystémiques dont nous profitons aujourd’hui gratuitement, une économie véritablement durable est à portée de main.

Services écosystémiques: une subvention à l’humanité
Image à des fins décoratives pour appuyer les définitions suivantes : l'approvisionnement comprend la production de nourriture, d'oxygène, de carburant et d'eau douce. La réglementation signifie la capture et le stockage du carbone, la pollinisation, la protection contre les inondations et la purification de l'eau. Culturel comprend les activités esthétiques, spirituelles, éducatives et récréatives.

Source: Évaluation des écosystèmes pour le millénaire des Nations Unies, Pictet Asset Management, 14 octobre 2022.

Changements de politique et risques émergents pour les entreprises et les investisseurs

La biodiversité est le nouveau changement climatique, et la participation des décideurs politiques à la COP15 des Nations Unies sur la biodiversité, en décembre, devrait sceller un accord révolutionnaire pour protéger la nature. Ce nouvel accord mondial sur le modèle de celui de Paris devrait accélérer les efforts pour lutter contre la crise de la biodiversité et aligner les flux financiers et les portefeuilles d’investissements sur des objectifs positifs pour la nature.

Taxer le problème

Nombre de taxes liées à la biodiversité

Diagramme à barres couvrant la période de 1980 à 2020 montrant le nombre de taxes liées à la biodiversité en place chaque année. À partir des années 1980, il y en avait moins de 50. Cela a commencé à croître rapidement dans les années 1990 et s'est stabilisé au cours des 7 dernières années à environ 200 taxes connexes.

Source: Base de données PINE de l’OCDE, 14.10.2022. Remarque: 33 taxes liées à la biodiversité ne sont pas incluses dans ce chiffre, car leurs dates de lancement ne sont pas disponibles.

Alors que la biodiversité et le changement climatique sont mis en concurrence pour le titre de préoccupation environnementale la plus pressante, les autorités de réglementation et les décideurs politiques vont probablement imposer davantage de taxes, d’autorisations et de compensations liées à la biodiversité et intégrer le capital naturel dans les statistiques économiques nationales telles que le PIB. La compréhension des différentes menaces que représente la perte de biodiversité pour les entreprises permettra aux investisseurs de commencer à évaluer correctement ces risques, à identifier les lacunes dans le cadre ESG actuel et à découvrir de nouvelles façons d’investir dans le capital naturel.

Financement de la biodiversité

Même si les entreprises et les investisseurs comprennent de mieux en mieux leur impact sur la perte de biodiversité et, inversement, les effets qu’elle a sur eux, ces efforts ne mèneront à rien s’ils ne sont pas accompagnés par une révolution des capitaux liés à la biodiversité.

Historiquement, le financement de la biodiversité a toujours eu tendance à se concentrer sur la collecte de fonds pour les activités de conservation. Plus récemment, cependant, la biodiversité et les investissements dans le capital naturel ont connu une augmentation constante, y compris les titres qui visent explicitement à réduire la perte de biodiversité et à capitaliser sur le potentiel de croissance du capital à long terme.

Ces deux dernières années ont vu plusieurs lancements de fonds très en vue qui investissent dans des sociétés spécialisées dans la restauration de la biodiversité et les services écosystémiques, neuf de ces fonds sur onze ont été lancés depuis 2020. Les actifs sous gestion de ce groupe ont plus que doublé pour atteindre 1,3 milliard de dollars, contre seulement 525 millions de dollars au début de la décennie.³

La transformation de l’alimentation et de l’utilisation des sols actuelles au profit de pratiques régénératrices pourrait faire émerger un marché de la biodiversité et de la nature d’une valeur de 4 500 milliards de dollars d’ici à 2030.

Les fonds investissant dans la biodiversité et le capital naturel cherchent à contribuer à l’intégration de pratiques commerciales plus durables et régénératrices dans l’ensemble de la chaîne de valeur en impliquant des secteurs tels que l’agriculture, la sylviculture, l’informatique, la pêche, les matériaux, l’immobilier, les biens de consommation discrétionnaire et de base, les services aux collectivités et les produits pharmaceutiques.

L’OCDE estime que les investissements destinés à la protection de la biodiversité sont inférieurs à 100 milliards de dollars. C’est une somme dérisoire, notamment si on la rapporte aux capitaux dédiés à la lutte contre le changement climatique (632 milliards de dollars).

Selon un rapport de 2019 de la Food and Land Use Coalition⁴, par exemple, les efforts déployés pour transformer l’alimentation et l’utilisation des sols actuels en faveur de pratiques régénératrices, productives et circulaires permettront de mettre en place de nouvelles chaînes de valeur et de nouveaux modèles économiques. Le rapport estime que cette transformation pourrait créer un marché de la biodiversité et de la nature d’une valeur de 4 500 milliards de dollars d’ici à 2030.

Conclusion: concevoir un système financier respectueux de la nature

Depuis plus de 10 000 ans, la prospérité de l’humanité s’est concentrée sur l’extraction du capital naturel (le stock mondial de nourriture, d’air pur, d’eau et de sol fertile).

Néanmoins, ces dernières décennies, l’utilisation de ces ressources a atteint un tel niveau qu’il n’est plus possible de les reconstituer.

Cette approche non durable du développement économique a eu un effet dévastateur sur les écosystèmes et comporte également des risques pour la croissance et le bien-être de l’humanité à l’avenir. Il est encourageant de noter la dynamique qui s’enclenche parmi les décideurs politiques et les autorités de réglementation pour instaurer un nouvel accord mondial juridiquement contraignant en vue de réduire la perte de biodiversité.

La COP15 organisée à Montréal en décembre devrait leur permettre de s’entendre sur un tel cadre. Déjà, de nombreux pays encouragent les entreprises à protéger la biodiversité et à promouvoir l’utilisation durable des ressources naturelles à travers diverses taxes, redevances, charges et autorisations; le nombre de mesures liées à la biodiversité devrait augmenter dans les années à venir.

La proposition révolutionnaire des États-Unis d’inclure la valeur du capital naturel et des services écosystémiques dans la comptabilité nationale d’ici à 2036 vient encore renforcer ces efforts.

Les tentatives des gouvernements et des autorités de réglementation pour mesurer – et valoriser – la contribution de la nature à l’économie constituent des progrès considérables.

Le célèbre consultant en gestion Peter Drucker a déclaré: «ce qui est mesuré est amélioré». Mais les décideurs politiques ne peuvent pas inverser la tendance à eux seuls.

Les entreprises et le secteur financier doivent également en faire davantage pour placer le monde sur la voie d’une croissance durable.

Pour commencer, les entreprises et les investisseurs ont besoin de mieux comprendre les risques que la dégradation de la biodiversité présente pour leurs résultats financiers et leurs portefeuilles.

Les menaces ne sont pas seulement physiques. Elles sont aussi liées au cadre réglementaire et juridique ainsi qu’à la réputation.

Pourtant, le secteur financier et la communauté des investisseurs peuvent également renforcer leur contribution afin d’aider à restaurer ce qui a été perdu.

En créant un marché florissant du capital naturel, les investisseurs peuvent contribuer à éloigner les flux de capitaux des entreprises et des projets qui nuisent à l’environnement naturel au profit d’initiatives régénératrices.

La nature a toujours été le principal actif de l’économie. Il est temps que le secteur financier en prenne conscience.

Appendix: Mistra Finance to Revive Biodiversity (FinBio) research programme

Pictet Asset Management fait partie des membres fondateurs d’un nouveau programme de recherche mondial sur quatre ans destiné à aider le secteur de la finance à élaborer des stratégies pour protéger le capital naturel et mettre fin à la perte de biodiversité.

Le programme de recherche sur la biodiversité, dirigé par le Stockholm Resilience Centre de l’Université de Stockholm, mettra au point de nouvelles méthodes et de nouveaux indicateurs pour aider le secteur financier à aligner ses investissements sur les objectifs de biodiversité et à contribuer de manière significative à une économie positive pour la nature.

Ce programme de quatre ans, financé par la Fondation suédoise pour la recherche stratégique environnementale (Mistra), rassemble un consortium d’organisations universitaires et du secteur privé, notamment les Principes pour l’investissement responsable des Nations Unies et l’Université de Stanford. Il prendra également en compte les aspects éthiques et les questions de gouvernance liées à la définition du prix de la biodiversité.

Il aura également pour tâche de synthétiser les enseignements tirés d’initiatives du marché antérieures et actuelles et d’étudier des risques et opportunités à venir.

Plus précisément, en coopération avec les membres de notre consortium du secteur scientifique et financier, nous cherchons à nous concentrer sur des domaines tels que :

  • la définition de nouveaux indicateurs et ensembles de données pour calculer la perte de biodiversité et mesurer son impact économique et financier
  • la mesure des risques liés à la biodiversité au niveau des entreprises et des portefeuilles
  • la mise au point de moyens sophistiqués et mesurables pour intégrer la biodiversité à la coopération stratégique avec les entreprises
  • l’évaluation des perspectives pour les marchés de la biodiversité/des écosystèmes et d’autres investissements positifs pour la nature
  • l’identification des technologies, des mécanismes financiers et des outils économiques les plus prometteurs pour préserver le capital naturel

1 Global Footprint Network, 14 octobre 2022. 2 Source: Our World in Data, 14 octobre 2022. 3 Source: Broadridge et Pictet Asset Management, données aux 31 juillet 2022. 4 Source: Food and Land Use Coalition, Septembre 2019, https://www.foodandlandusecoalition.org/wp-content/uploads/2019/09/FOLU-GrowingBetter-GlobalReport.pdf

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